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Astrologie et Racisme

Publié en ligne le 8 novembre 2009 -
par Martin Brunschwig - SPS Hors-série Astrologie, juillet 2009

Les raisons scientifiques de rejeter l’astrologie ne manquent pas, et ce hors-série vous donnera, nous l’espérons, de nombreuses armes pour affermir cette conviction, voire pourquoi pas, convaincre ceux de vos proches égarés dans cette impasse. Mais il est un argument peu utilisé, alors qu’il me paraît tout aussi valable, sinon plus, que l’argumentation scientifique : c’est l’aspect éthique. Ma réflexion est partie, je l’avoue, d’une anecdote personnelle : j’ai un jour été accueilli, au premier jour de travail dans un nouveau poste, par une réflexion bien peu obligeante sur ma date de naissance et mon signe astral ! Quand je pense que cette question est parfois « étudiée » par les recruteurs, j’aurais pu ne pas avoir le poste à l’origine, si l’on s’était avisé plus tôt de mon « incompatibilité » avec l’équipe en place ; j’en frémis rétrospectivement (surtout quand l’on sait que cela fait près de 15 ans que j’occupe mon poste, et que sans aucune modestie, j’estime être un solide élément, intégré et apprécié dans l’équipe...). Bref, ce qui m’avait choqué à l’époque, et auquel ma couleur de peau ne m’avait pas « préparé », c’est un rejet, tout à fait apparenté au racisme, de ce que j’étais.

Il est possible que cet aspect se présente comme « moins choquant » que le racisme, car il n’y a pas la notion, si condamnable, de signes « inférieurs ou supérieurs », comme notre histoire en comporte hélas au sujet des races. Mais malgré tout, le préjugé qui est à l’œuvre lorsque l’on attribue certaines caractéristiques aux personnes d’un certain signe est-il plus acceptable qu’une discrimination par leur origine, ethnique, sociale, sexuelle, ou générationnelle ? ! Faut-il attendre qu’un dictateur fou (pléonasme...) mette les Capricornes dans des camps, ou qu’un patron de boîte de nuit refuse les Poissons (qui mettraient une sale ambiance, par ex...) pour que l’on prenne conscience du problème ? Sans aller si loin, il me suffit de reprendre cet exemple des conditions de recrutement, pour souligner que l’on est tout près, lorsqu’un employeur utilise les pseudo-sciences qui sont si courantes dans ces domaines, de tomber sous le coup de la discrimination à l’embauche ! Alors, non contente de s’appuyer sur des bases scientifiques totalement erronées, l’astrologie ne devrait-elle pas aussi être condamnée d’un point de vue éthique, et combattue comme pourvoyeuse de préjugés ? Parmi les millions de personnes de chaque signe, ces généralisations si abusives (les Taureaux sont des « fonceurs », les Balances des gens mesurés...) ne sont-elles pas aussi choquantes que « les Italiens sont machos » ou les « Anglais snobs » (pour prendre des exemples de préjugés moins atrocement scandaleux que ceux qui touchent des populations victimes du vrai racisme) ? Si on dit « Ah, c’est bien les bonnes femmes ! », on est à juste titre rejeté dans le domaine honteux du « beauf » misogyne, mais pourquoi serait-on moins blâmable quand on dit que tous les Gémeaux sont doubles ou partagés ?

Alors à quand la création de « SOS astrologisme », avec son badge « touche pas à mon Zodiaque ! » ?

J’ajoute un dernier mot. Croire en l’astrologie me paraît « préparer » nos esprits, entre autres, à un grand danger : celui de l’habituer au « biais de confirmation », ce phénomène qui nous entraîne à remarquer les événements qui vont confirmer nos croyances bien davantage que ceux qui pourraient les infirmer. Eh bien, je crois malheureusement que cet aspect psychologique propre à notre espèce (et auquel nul n’échappe, pas même les sceptiques, trop contents sans doute de remarquer les ratés des pseudo-sciences...) fonctionne à plein dans le cas du racisme. Un événement isolé conduira trop vite et trop facilement certains à une confirmation de leurs préjugés, généralisant abusivement, exactement comme on le fait en extrapolant « d’un » Lion un peu volontaire (il doit bien y en avoir...) à « tous » les Lions. C’est je crois la généralisation elle-même qui est un des substrats si abject du racisme, et qu’on peut reprocher également à l’astrologie. Chaque personne est unique, et ni son signe, ni son origine (ni quoi que ce soit d’autre !) ne doit nous entraîner sur la pente savonneuse des préjugés.

Publié dans le n° 287 - Hors-série de la revue


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