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Existe-t-il des gènes du comportement ?

Publié en ligne le 26 mai 2005
Note de lecture de Monique Bertaud - SPS n° 266, mars 2005

La génétique ne s’intéresse pas aux fonctions mais aux différences des fonctions entre individus, ce qui rend l’expression « génétique des comportements » absurde. Telle est l’introduction en guise d’avertissement de l’auteur.

Il rappelle le caractère dégénéré de tous les processus biologiques auquel la génétique n’échappe pas : chaque gène possède quelques dizaines d’allèles dont un est transmis à l’enfant par chacun des deux parents. Le codage qui en découle peut en être modifié par épissage au moment de la synthèse protéique, par une cascade d’interactions entre les gènes, la modulation des allèles du noyau par ceux des mitochondries du cytoplasme de l’ovocyte, enfin, l’environnement par l’intermédiaire des nutriments du cytoplasme, de l’utérus et du placenta, ce qui est rarement pris en compte.

Le clonage reproductif ne peut aboutir à la reproduction à l’identique : compte tenu de l’action des mitochondries et de l’environnement utérin, il faudrait que le clone soit porté par la mère du donneur d’ADN !

Au niveau cérébral, le nombre fini des éléments permet un nombre incommensurable de combinaisons car les « cartes » ne se recouvrent pas : les circuits neuronaux sont polyvalents, un système de transmetteur intervient dans un autre, les transporteurs d’un système varient d’une zone à l’autre, etc...

La variation est la situation normale des systèmes vivants et les outils le plus souvent employés ne sont pas pertinents en ce qui concerne les comportements, qui sont composites et évolutifs. Que signifient violence et criminalité ? Peut-on regrouper des faits dont la définition varie selon les codes pénaux des états ? Même pour le meurtre, peut-on identifier Othello à Landru ?

L’histoire montre de multiples exemples où des motivations politiques ou économiques se camouflent derrière le recours à la science. Chaque camp dualiste a connu ses fanatiques : les partisans du tout génétique et ses eugénistes, y compris ceux de l’eugénisme positif comme Shocley le fondateur de la banque de sperme de prix Nobel et les partisans du tout environnement comme Lyssenko pour l’hérédité des caractères acquis, ou encore Bettelheim 1et son concept de la mère « mortifère » des autistes.

Discuter de la part relative des gènes et de l’environnement dans l’intelligence revient à spéculer sur ce qui revient à la longueur ou à la largeur dans la surface d’un rectangle.

C’est sous cet éclairage que l’auteur expose de façon claire les données actuelles concernant l’autisme, la schizophrénie, la psychose maniaco-dépressive, l’arriération mentale de l’X fragile, les syndromes de Dowm et de Williams, la myopathie de Duchenne, les T.O.C.

Il illustre la carence intellectuelle médiatique en rapportant l’anecdote « du gène de l’infidélité » détecté chez les mulots. À ce propos, il rappelle que les modèles animaux ne sont valables que si les bases biologiques sont communes, les voies physiologiques identiques et les comportements comparables.

Le principe de précaution est-il à actualiser dans le domaine de l’exploitation économique des données scientifiques ? L’auteur attire notre attention sur un rapport de la Commission européenne d’éthique (2000) concernant le génotypage professionnel. Un livre qui ébranle un mode de pensée mécaniste datant du XVIe siècle et qui stérilise la pensée française.

1 Cf. SPS 260 : Bettelheim, la fabrication d’un mythe.


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Publié dans le n° 266 de la revue


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