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Faux comme diamants du Canada

Publié en ligne le 28 août 2005 - Histoire
par François-Nicolas Pelletier

L’archéologie permet de faire avancer une enquête vieille de plus de 400 ans, à propos d’un des plus grands scandales miniers de l’histoire du Canada, au moins aussi important que celui provoqué par la firme albertaine Bre-X à la fin des années 1990.

Dans les deux cas, il est question d’or, d’analyses douteuses d’échantillons de minerai et de pertes colossales pour les investisseurs. En 1576, au retour d’une mission dont le but était de trouver un passage vers la Chine, un membre de l’équipage de l’explorateur Martin Frobisher croit que le minerai rapporté de la Terre de Baffin contient de l’or. À Londres, des analyses sont immédiatement réalisées sur le minerai. Malgré des résultats contradictoires, Michael Lok, un marchand qui était du voyage, convainc des investisseurs, dont la reine Elizabeth 1, de financer d’autres voyages vers cet Eldorado nordique. Les deux expéditions suivantes seront des échecs complets : on ne trouvera pas d’or, un procès aura lieu et Lok se retrouvera en prison.

Y a-t-il eu fraude ? Plusieurs le croient. Mais il existait une autre hypothèse que l’archéologue Réginald Auger et le géologue Georges Beaudoin, de l’Université Laval, ont voulu tester. À l’époque, pour déterminer si du minerai contenait de l’or, on le faisait fondre dans un creuset qui contenait une pastille de plomb. Les métaux précieux se détachaient alors de leur matrice pour s’amalgamer avec le plomb. On séparait à nouveau cet amalgame pour obtenir les métaux précieux. À partir de billes de plomb trouvées lors de fouilles archéologiques menées par M. Auger sur l’île de Kodlunarn (Terre de Baffin), les chercheurs ont voulu vérifier si le plomb utilisé par les Anglais avait pu être accidentellement « contaminé » par l’or. Ils n’ont trouvé que des quantités infimes d’or, alors que « les analyses de Londres donnaient des teneurs 10 000, même 100 000 fois plus élevées, explique M. Beaudoin. À ces niveaux, l’or aurait été visible à l’oeil nu dans le minerai ». Ainsi, pour M. Auger, « tout indique qu’il s’agissait d’une fraude. Il est difficile de dire qui l’a commise et pourquoi, mais il est très peu probable que le plomb ait été accidentellement contaminé à l’or ».

On ne pourra peut-être jamais affirmer avec certitude qu’il y a eu fraude. Mais l’appétit insatiable des Européens du XVIe siècle pour les richesses du Nouveau Monde en a conduit plus d’un à agir de manière irrationnelle, comme Jacques Cartier qui, 34 ans plus tôt, croyant avoir trouvé de l’or et des diamants, avait désobéi à son supérieur Roberval pour ramener en France de la pyrite de fer et du quartz...


Mots-clés : Histoire


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