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L’Imposture - Pourquoi l’éolien est un danger pour la France

Publié en ligne le 30 juin 2011
Note de lecture de Michel Naud

Imposture Imposture 1… Le mot est à la mode 2. Pour Jean-Louis Butré « la plus grande imposture écologique de notre époque » est celle qui consiste en la promotion d’électricité d’origine éolienne. En effet, pour reprendre les mots de la (très courte) préface du président Valéry Giscard d’Estaing : « il s’agit de dénoncer un gaspillage inacceptable des fonds publics, un discours officiel trompeur, et un business souvent douteux » (p.8).

L’auteur, chef de file du militantisme anti-éolien 3, se livre à un véritable réquisitoire. Sans surprise, les arguments les plus solides sur lesquels il s’appuie sont l’intermittence (24 % de taux d’engagement moyen des éoliennes – voir l’encadré), le coût (considérablement plus élevé que l’électricité d’origine nucléaire ou hydraulique) et, sur le plan des finances publiques, les « dispendieux effets d’aubaine », pour reprendre les termes du récent rapport Ollier 4 préparant le Grenelle 2.

Néanmoins, Jean-Louis Butré ne s’arrête pas là et tous les arguments, même les plus douteux, trouvent grâce à ses yeux dès lors qu’ils concourent à disqualifier l’éolien. Ne craignant pas de recycler le discours de la mouvance décroissante et anti-nucléaire, il s’interroge ainsi, dès son introduction : « pourquoi produire 10 % d’électricité en plus alors que la France exporte 15 % de sa production ? » (p.9). Et, de proche en proche, on verra l’auteur utiliser tout le répertoire des conflits de proximité (agriculture biotechnologique, antenne-relais de téléphonie mobile, etc.).

Certes, force est de constater que nombre de nos concitoyens semblent se complaire du romantisme bucolique d’une énergie naturelle, gratuite et propre. Il n’est donc pas inutile de les inviter à revenir sur la terre ferme et à un examen rationnel de l’énergie éolienne placée dans le contexte des choix énergétiques français comme européens. Cela devrait signifier une caractérisation aussi objective que possible et une approche des avantages comme des inconvénients. On aurait pu attendre d’un ouvrage grand public sur l’énergie éolienne une pédagogie scientifique et technique alliée à une mise en perspective politique des alternatives qui s’offrent à notre collectivité. Le choix éditorial est autre : l’instruction est menée entièrement à charge et l’intérêt général n’est évoqué que pour mieux assurer la défense de l’intérêt particulier des riverains des éoliennes. Le lecteur doit donc être conscient des biais de l’argumentation et ne pas laisser son esprit critique au vestiaire. Jean-Louis Butré donne néanmoins les clés essentielles qui permettent de conclure, comme l’a fait l’Académie des technologies, qu’en France métropolitaine, « où la production d’électricité est déjà exceptionnellement propre en CO2, et au coût le plus bas d’Europe, un emballement de cette source d’énergie est déraisonnable » 5. L’auteur ne nous aura pas convaincu pour autant que cette déraison trompeuse est développée « dans le but d’en tirer profit » (définition de l’imposture) ou « savamment orchestrée à des fins mercantiles » (p.79).

Ce livre est donc un essai politique et un vade-mecum du futur voisin d’un parc éolien qui entend s’y opposer. Il satisfait correctement aux canons du livre militant : lecture aisée, arguments simples ne craignant pas d’être simplistes (voire franchement sujets à caution), mais efficaces et rôdés dans les réunions publiques ou les salles de rédaction. Comme le plus souvent dans ce type d’ouvrages, il se caractérise également par l’absence quasi générale de références précises, l’absence de bibliographie et webographie, tout comme l’absence d’index thématique ou des noms cités. Jean-Louis Butré aurait pu écrire un livre de référence, il a fait un autre choix ; mais pouvait-on réellement attendre autre chose du président d’une association s’étant donné comme objectif de fédérer le mouvement anti-éolien ?

La question de l’intermittence

En France métropolitaine, le développement de l’éolien n’est pas, contrairement à l’opinion communément admise, vecteur de réduction des émissions de CO2. N’intervenant pas, à la différence de l’Allemagne ou du Danemark, pour se substituer partiellement à des centrales à charbon ou autres combustibles fossiles, et faute de pouvoir être couplé à des systèmes de stockage de l’électricité (comme les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) ou le stockage d’énergie sous forme d’air comprimé (CAES) 6), le parc éolien nécessite, pour accompagner sa croissance, le développement concomitant de l’utilisation de centrales thermiques à flamme pour pallier les périodes d’arrêt des éoliennes liées à l’absence (ou à l’excès) de vent. Le discours suivant lequel l’éolien représenterait une alternative non nucléaire à la production d’électricité sans émission de CO2 est donc bel et bien « trompeur ».

1 Imposture : acte, parole qui tend à tromper autrui dans le but d’en tirer profit. http://www.cnrtl.fr/definition/imposture

3 Jean-Louis Butré est président de la Fédération Environnement Durable www.fed.org et des associations Vent du Bocage et Vent de la Vienne.

5 « dix questions à Gilbert Ruelle : l’éolien une énergie du XXIe siècle », Collection « dix questions à … sur … », Académie des technologies, janvier 2009 http://www.academie-technologies.fr...

6 « dix questions à Jean Dhers sur le stockage de l’énergie électrique », Académie des technologies, 7 décembre 2006 http://www.academie-technologies.fr...


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