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Quand souffle la tempête

Publié en ligne le 1er octobre 2006 - SVT
par Isabelle Burgun

« (...) Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts. »

Le chêne et le roseau de Jean de La Fontaine

La fable Le chêne et le roseau de Jean de La Fontaine en parle : le vent puissant peut déraciner l’arbre le plus robuste tandis qu’il fait plier le roseau. C’est ainsi que la violente tempête de novembre 1994 a fait la Une des journaux, déracinant des dizaines d’arbres dans Charlevoix, en Gaspésie et au Nouveau-Bruswick, « Le vent soufflait à plus de 100 km/h et a encore repris de la vitesse sur le fleuve », relate le Pr Jean-Claude Ruel, du Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval.
Plutôt que d’étudier la croissance des arbres, le chercheur s’intéresse depuis dix ans aux chablis : ces chutes d’arbres occasionnées par le vent ou le grand âge. « L’âge est sans conteste un des facteurs de moindre résistance, avec l’espèce, les racines et le sol. Il est essentiel de comprendre l’ensemble du processus », dit-il. Avec son collègue Jean-Gabriel Élie, il vient de publier les résultats d’une recherche sur les chablis en forêt boréale dans le Canadian Journal of Forest Research.
L’équipe s’est livrée à une étrange activité dans le nord de la Mauricie : déraciner des arbres... dans un but scientifique. Il s’agit d’attacher un câble relié à un treuil à la mi-tronc puis d’exercer une traction... jusqu’à la chute de l’arbre. Sous leurs efforts, 85 ont basculé, 55 épinettes noires et 30 pins gris.
« Les chablis provoquent des dommages sur leur environnement et c’est une importante source de perte de matière ligneuse pour les forestiers. » Ce programme de recherche cherche donc à développer des outils de prévention des risques. Le chercheur s’inspire du modèle ForestGALES, élaboré en Grande-Bretagne, qui simule l’action du vent sur les arbres. Il s’agit d’équations reliées à la force du vent et à la taille des arbres. Un outil qu’il cherche à adapter au Québec selon les espèces (sapin, épinette blanche, épinette noire et pin gris) et les différents sols.
La palme de la résistance va au pin gris. « L’épinette noire possède un enracinement plus superficiel. » Sauf lorsque les champignons s’en mêlent... « Lorsque la carie surgit, cela vient fragiliser la structure et baisser la résistance aux éléments. »
Alors que l’actualité remet sur la place publique le problème des coupes des forêts, le chercheur ne penche pas pour les coupes partielles. « Elles entraînent une plus grande pénétration du vent. Cela agrandit le périmètre de coupe et rend les arbres plus vulnérables. » Les actions pour conserver la diversité faunique par le maintien de bouquets d’arbres, entreprises principalement sur la côte ouest du Canada, ne représenteraient pas un exemple à suivre.


Mots-clés : SVT


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