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Rendre la raison populaire

Publié en ligne le 8 mai 2013
Note de lecture de Martin Brunschwig - SPS n°304, avril 2013

Est-il encore besoin de présenter Michel Onfray, philosophe prolifique très apprécié du public et des médias, dont certains ouvrages ont été des best-sellers ? Son opus sur Freud 1, notamment, a frappé l’opinion et il nous avait fait l’honneur de participer à notre hors-série sur la psychanalyse. Aussi ai-je été enchanté à l’idée de découvrir son tout dernier ouvrage, dont le titre semblait providentiel : non seulement on ose afficher son attachement à la raison, mais en plus, on cherche à la populariser. Bref, à peu de choses près, la devise de l’Afis !

En fait, Michel Onfray n’est pas devenu notre nouveau « porte-drapeau », mais il a utilisé comme titre cette citation de Condorcet pour expliquer dans ce petit livre 2 ce qui l’a conduit en 2002 à créer son « université populaire » à Caen, à la suite de l’élection présidentielle (où l’extrême-droite avait pu se hisser au 2e tour d’une élection démocratique). L’aventure peut séduire et en retracer la genèse s’annonçait intéressant. Rappelons qu’il s’agit de cours bénévoles proposés à tous, sans frais d’inscriptions, sans examens ou diplômes, pour le seul plaisir de s’instruire.

L’originalité de l’ouvrage est bien résumée dans le titre donné d’abord par Michel Onfray à ce texte, mais comme intervention orale au colloque : « Ce que n’est pas l’université populaire ». En effet, par un ping-pong habile courant tout au long du livre, l’auteur alterne les coups de griffe et la défense plus positive de son action.

Commençons par les coups de griffe, où il se montre particulièrement brillant, ce qui ne manquera pas d’en agacer plus d’un, mais de réjouir les autres… Ces tacles ne manquent pas, et permettent à Onfray de régler quelques comptes, tout à la fois contre l’institution universitaire (qui ne s’intéresse qu’à « l’historiographie dominante »), contre les « cafés-philo » (ces « forums du bavardage »), ou encore contre la demande contemporaine de philosophie (qui provoque une « réponse libérale à ce marché » et amène « à produire une réponse à moindre coût destinée à séduire le plus grand nombre ».)

Chacun de ces agacements permet à Onfray, dans le chapitre suivant, de mieux préciser ce qu’il propose et l’idéal qui l’anime : essentiellement permettre à tout un chacun de faire de la philosophie « existentielle », c’est-à-dire dans sa vie propre, et pas (trop, ou pas seulement) en théorie. Onfray souligne bien d’autres points positifs et les explicite (gratuité, variété, originalité, pluralisme, etc.) mais il me semble que c’est à l’osmose entre discours et pratique qu’il est le plus attaché.

Vous connaissez tous le cliché si souvent utilisé pour présenter un livre, un CD ou un film, qui consiste à dire « c’est l’ouvrage de la maturité ». Rien de tel ici, où Onfray se montre tout à la fois sincère, authentique et fier. En tout cas, il donne l’impression de rester fidèle à ses idéaux y compris à ses colères, et de garder un côté adolescent, écorché vif. D’ailleurs, le seul défaut du livre réside dans ce sentiment parfois un peu gênant d’un Michel Onfray se présentant comme « le seul qui a raison »…

Toujours est-il que l’on peut trouver dans les positions d’Onfray et dans son programme, détaillé ici, une démarche positive que nous ne pouvons qu’applaudir. Longue vie aux Universités populaires (et puissent-elles vraiment rendre la raison populaire) !

1 Le crépuscule d’une idole, Éd. Grasset, 2010

2 En fait, un texte écrit au départ en août 2012 pour une semaine de Cerisy-la-Salle consacrée aux « Universités populaires, hier et aujourd’hui » dont les actes ont été publiés par les Éditions Autrement sous la direction de Gérard Pouloin et font l’objet d’une note de lecture publiée sur le site de l’AFIS.

Publié dans le n° 304 de la revue


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