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Trop de soja, vous avez droit ?

Publié en ligne le 2 octobre 2006 -
par Agnès Lenoire

Le slogan de la marque Sojasun « Si c’est du soja, vous avez le droit ! » résonne comme l’archétype de la croyance en une nature bonne et rassurante en tout point. Amour aveugle et sans modération...
Que Choisir tire la sonnette d’alarme : le soja est très à la mode, et très consommé : en sept ans, de 1996 à 2003, quatre fois plus de bébés consomment du lait contenant du soja. Or, Que Choisir nous l’affirme, le soja est un "produit à la mode dont on ne sait pas grand chose". Raison de plus pour rester prudents, surtout en direction des bébés. Ce qu’on sait du soja, c’est qu’il contient des phytoœstrogènes, œstrogènes végétales "pouvant induire les effets comparables à ceux des œstrogènes". Ce n’est pas anodin, surtout dans les biberons !
Est avancée la raison des allergies des bébés au lait de vache, et le soja serait alors un substitut. Le professeur Moneret-Vautrin, chef du service immunologie clinique et allergologie au CHU de Nancy, précise que les allergies au lait de vache, contrairement à d’autres allergies, sont restées stables et ne concernent que 2% des bébés. Même en cas d’allergie avérée au lait de vache, il ne préconise pas le lait de soja, qui est un allergisant, mais des laits aux protéines suffisamment cassées, bien moins allergisantes, et remboursés aux parents.

Les critères de l’Afssa

En mars 2005, l’Afssa a rendu un rapport de 400 pages, ayant nécessité 18 mois de travail, recommandant d’apposer des avertissements sur les emballages en direction des femmes enceintes et des bébés. Les scientifiques y recommandent aussi de limiter la consommation d’isoflavones (famille d’œstrogène présente dans le soja) à 1 mg par Kg de poids corporel. Une seule société, la société Slimexcell, respecte en tous points les recommandations de l’Afssa ; les autres, Bjork, Sojasun, s’asseoient dessus.

Les études sur l’animal sont pourtant inquiétantes et font état d’action des phytoœstrogènes sur le développement sexuel.

Etudes et essais

Depuis cinquante ans, on sait que les champs de luzerne, riches en phytoœstrogènes, provoquaient des troubles chez les moutons : infertilité, anomalies des organes reproducteurs, développement mammaire chez les mâles. C’est Catherine Bennetau-Pelissero, professeur en sciences animales, qui a, la première, donné l’alerte ; elle fait état d’une étude sur les femmes ayant accouché prématurément, avec 0 enfant mort-né sur 148 dans le groupe de femmes consommant du lait de vache, et 3 morts-nés sur 79 dans le groupe consommant du lait de soja. La différence n’est scientifiquement pas significative, mais ces résultats troublants auraient dû motiver d’autres études plus poussées.

Que Choisir a donc passé au crible de ses essais (dans trois labos différents) huit produits alimentaires, douze compléments et produits de régime, et trois laits pour nourrissons. Avec en main les critères de l’Afssa.

Ce qu’il faut retenir des résultats, c’est qu’il faut se méfier des steaks, qui font ingurgiter, en une seule fois, la dose maxi conseillée par L’Afssa ; et c’est qu’il faut absolument bannir les 3 laits pour nourrissons. En effet, à raison de six biberons de lait de 120 ml chacun par jour, le bébé se voit gratifié de 4 à 6 fois la dose autorisée !

L’UFC Que Choisir a décidé, concernant ces laits pour nourrissons, de saisir la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). On ne peut que s’en féliciter. On ne le dira jamais assez : l’engouement sans faille pour le naturel mène aux erreurs de jugement et aux conduites à risques.


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