Accueil / En direct de l’ASP / À quand l’homme biotech ?

À quand l’homme biotech ?

Publié en ligne le 18 août 2005 - Science - SVT
par Emmanuelle Bergeron

La vieillesse : une maladie contre laquelle il faut lutter ! Telle est la pensée des transhumanistes, un mouvement défendant la plus totale liberté de la recherche dans le but de sauver des vies et de vaincre toutes les maladies. Même si cela doit impliquer de transformer l’Homo sapiens... en autre chose.

« Nous nous dirigeons peu à peu vers le post-humain », affirme Jean-Pierre Béland, professeur d’éthique et de philosophie à l’Université du Québec à Chicoutimi. Philosophes, scientifiques et éthiciens ont débattu de la question lors d’un colloque intitulé L’homme biotech : humain ou post-humain, lors du 73e congrès de l’ACFAS à Chicoutimi.

Les humanistes perçoivent l’être humain comme intouchable, inaltérable et prônent le respect de la dignité humaine. Sans mettre un frein aux recherches dans ce domaine, ils demeurent très prudents et prônent l’encadrement très serré. Les transhumanistes, eux, ne voient aucune limite à la modification génétique de l’homo sapiens.

Lorsqu’on parle aujourd’hui d’un éventuel homme biotech, on pense à une plus grande longévité, des capacités intellectuelles et physiques accrues et une meilleure adaptation à son environnement. Est-on véritablement en train de modifier l’espèce humaine ? Il est permis de le croire, à la lumière des percées récentes telles que le clonage, les xénogreffes ou la transgénèse. On évoque la possibilité de modifications génétiques pour renverser la ménopause et permettre par exemple à des femmes de connaître la maternité à 60 ans...

François Pothier, chercheur au département de sciences animales à l’Université Laval prend ce débat très au sérieux. « Nous ne sommes pas encore des post-humains, puisque les techniques telles que la thérapie génique rencontrent encore beaucoup de problèmes chez l’humain. Par contre, je suis persuadé que tout ce qu’on réussit sur les modèles animaux pourra un jour se faire chez l’homme ».
« En 1996, l’annonce du clonage de la brebis Dolly a pris tout le monde par surprise, même les scientifiques, poursuit-il. Cela nous a démontré l’urgence d’émettre des balises. Il est important d’amorcer la réflexion maintenant non seulement avec des chercheurs et des intellectuels mais aussi dans le public ».

Les biotechnologies pourraient-elles conduire jusqu’à l’extinction de l’espèce humaine ? « Ce ne sera pas bien grave, ironise François Pothier, des dizaines d’espèces animales disparaissent de la planète ; le plus important c’est de continuer à avancer en préservant la dignité humaine ».


Mots-clés : Science - SVT


Partager cet article