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Arthaud de Lyon - Aliéniste missionnaire

Publié en ligne le 28 août 2011
Note de lecture de Guillaume de Lamérie - SPS n° 297, juillet 2011

297_85-85Ce livre est tiré d’une thèse d’histoire qui a permis l’attribution d’un doctorat d’histoire religieuse en 2006 à Frédéric Scheider, médecin psychiatre. L’intrigue, car il s’agit d’un livre qui se lit pratiquement comme un roman, traverse tout le XIXe siècle et prend pour personnage principal le professeur Joseph Arthaud (1813-1883) et la fondation du Vinatier, un des plus gros asiles psychiatriques d’Europe. Cette période de l’histoire de France est charnière à plus d’un titre : elle verra la mise en place de la République, de la laïcité, de la médecine moderne, de l’assistance publique…

Grâce à un travail de fouille documentaire extrêmement précis et détaillé, d’une grande rigueur sur le plan méthodologique et historique, ce sont tous les soubresauts d’un siècle particulièrement agité que F. Scheider nous fait revivre au long du parcours professionnel de Joseph Arthaud.

La mise en place du système de soins, ancêtre direct du nôtre, en particulier celui des maladies mentales en France et en Europe, se fait souvent au forceps et les polémiques nombreuses et parfois d’une étonnante actualité sont détaillées méticuleusement.

Nous retrouvons aussi l’intrication forte des domaines médicaux, économiques, religieux et politiques, la mise en place de la méthode numérique, première tentative d’objectiver l’efficacité des traitements de façon statistique.

Parallèlement, au travers de l’engagement religieux constant de Joseph Arthaud, nous découvrons ainsi, de l’intérieur, des organisations catholiques très puissantes comme la Société de Saint Vincent de Paul ou la Propagation de la Foi, véritable machine de guerre au service de la propagande du catholicisme romain, la place des congrégations religieuses dans le dispositif sanitaire de l’époque ainsi que le processus de laïcisation qui les a fait disparaître à partir de la fin du XIXe siècle.

Enfin, les questions de l’articulation de la foi et de la science, de la santé publique et des libertés individuelles (ce siècle voit la mise en place de la loi de 1838 sur l’internement à l’asile des malades contre leur volonté), sont abordées régulièrement au cours du livre.

Voilà un ouvrage qu’on ne placerait pas a priori sur le haut de la pile déjà imposante de livres indispensables à lire. Et pourtant, cet objet littéraire inhabituel combine à la fois la rigueur d’un travail de science humaine reconnu par ses pairs et un indéniable talent sur le plan de l’écriture à même de combler, peut-on penser, tous les passionnés de l’histoire des sciences, de la médecine et de la laïcité.

Publié dans le n° 297 de la revue


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