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Astrologie solaire

Publié en ligne le 23 mai 2008 -
par Jean Günther - SPS n° 279

Les croyances en une influence occulte des astres sur l’Homme ne se limitent pas à l’astrologie classique ou aux prétendues influences de la Lune. Le Soleil y a sa part. L’absence de justification physique ou empirique n’empêche pas de fantasmer.

Influences solaires : le vrai et le fantasme

Le cycle de 11 ans, connu depuis 150 ans, montre que le Soleil est un objet variable. Du coup, les vieux fantasmes qui, plaçant l’Homme au centre de la Création, le soumettent forcément à tout ce qui bouge dans le ciel, se sont intéressés à notre étoile.

Bien entendu le cycle solaire influence la Terre : aurores boréales, orages magnétiques perturbant les réseaux électriques, possibles mais douteuses actions climatiques. Cela s’explique physiquement. Mais ceux qui veulent à toute force, dans l’état d’esprit astrologique, y voir d’autres influences, n’hésitent pas à en imaginer d’improbables.

Soleil et infarctus

À plusieurs reprises on a prétendu montrer qu’il y aurait davantage d’infarctus au moment d’une forte activité solaire. Un médecin slovaque, un des promoteurs de cette affirmation 1 rapporte des observations en ce sens, mais on ne sait rien de la méthodologie employée, des biais possibles. Son texte ajoute, ce qui n’en renforce pas la crédibilité, que les infarctus augmentent aussi quand la Lune est à l’apogée. En fait la faiblesse des influences électromagnétiques au niveau du sol, et la faible sensibilité de l’homme aux influences de ce type, même bien plus fortes, jettent plus qu’un doute. On attend des confirmations méthodologiquement correctes !

Ailleurs un site 2, qui prétend vulgariser l’Astronomie affirme : « Les végétaux ne sont pas les seuls qui soient sensibles aux variations de l’activité solaire. L’homme l’est également ainsi que le montrent les travaux du docteur Faure en France et de son collègue allemand le docteur Dull qui, dès 1935, estimaient que la recrudescence des crises cardiaques est liée à l’intensification de cette activité. Hypothèse confirmée en 1959 par le docteur Viard dans une communication à l’Académie des Sciences et en 1978 par les observations du docteur Malin, un médecin anglais ». Mais pas plus de preuve incontestable et vérifiable.

Soleil et cancers

On sait qu’une partie des UV solaires, en principe arrêtés par la couche d’ozone, elle-même victime de nos pollutions, peut provoquer des cancers de la peau. L’activité solaire y joue-t-elle un rôle ? On n’hésite pas à se poser la question 3 : « Y a-t-il, au moment des éruptions solaires intenses, davantage d’UV qui atteignent le sol ? ». Cela n’a rien d’impossible, mais c’est facile à mesurer et on ne nous donne aucune référence de telles mesures. Il est plus simple de semer l’angoisse.

Soleil, guerres et révolutions

Toujours en conséquence directe, consciente ou non, de la mentalité astrologique, on a disserté sur le lien entre maximums solaires, guerres et révolutions. Il est facile de sélectionner les événements pour conforter l’idée, car il y a toujours une guerre ou une révolution quel-que part, et les maximums solaires occupent au moins trois ans sur les 11 ans que dure le cycle. Comme on peut le lire 4, il y avait maximum en 1830, 1848, 1870, 1914, 1939. Mais pour la révolution russe de 1917, on était au minimum. Rien de notable en 1957 ! Et en 1968, 1979, 1990, 2001, que s’est-il passé ? Ah oui, la contestation étudiante en France, la révolution iranienne, la chute du mur de Berlin, le 11 septembre ! Le site susvisé a toujours, comme le font les astrologues, moyen de se défiler, par exemple : « La crise de Cuba de 1962 n’a peut-être pas tourné au drame car on était dans la phase descendante du cycle ».

Soleil et séismes

Les séismes peuvent-ils être déclenchés par une éruption solaire en période de maximum ? On nous l’affirme 5 : « Pour ce qui est des séismes et volcanismes, je ne peux que constater la fréquence plus grande de ces cataclysmes pendant les années solaires maxima ». Mais ailleurs 6 on peut lire : « La faiblesse de l’activité solaire fait redouter un grave séisme dans les semaines pré-cédant ou suivant le 1er juillet. » Qui croire ? Ces contradictions sont inévitables quand on se fie à des impressions, non à une analyse statistique correcte.

Et les autres soleils ?

Des milliards d’autres soleils, les étoiles, parsèment le ciel. Beaucoup sont bien plus violemment variables que le nôtre, et cette variabilité est souvent imprévisible. Mais ces cri-ses ne sont en général pas visibles à l’œil nu, ce qui les a jusqu’à présent fait échapper aux astrologues. Si par exemple l’étoile SS CYG, qui présente des crises aléatoires visibles aux jumelles, était à la distance de l’étoile la plus proche, nul doute qu’on aurait tiré de son observation des sources d’espoir ou d’effroi, car son éclat au maximum dépasserait celui de n’importe quelle autre étoile. Le graphique ci-dessous montre ses variations entre les magnitudes 8 et 12, ce qui correspond à une variation d’un rapport 50 de l’énergie reçue. Le temps en jours (origine arbitraire) est en abscisses.

Un phénomène de ce type, particulièrement spectaculaire, est l’apparition de novae et supernovae. En Occident cela passait inaperçu : il était admis depuis Aristote que le ciel étoilé était immuable, et il a fallu attendre l’observation d’une supernova en 1572 par Tycho Brahé pour détruire ce préjugé. Mais en Chine ces apparitions étaient scrupuleusement notées et les astrologues locaux en tiraient maintes conclusions, en général pessimistes 7 : « Pour Huang Yi-nung, l’astronomie n’était pas seulement une science physique, mais aussi une science sociale, qui permettait aux anciens Chinois de se construire un référentiel du temps et de l’espace dans lesquels ils vivaient. Elle les rapprochait de la nature. L’idée de l’unité entre les cieux et les êtres humains rendait possible une inter-action entre eux, et préparait le terrain pour une vision cosmologique de l’univers dans son ensemble, en tant que tout indivisible. »

Malgré la différence des cultures le mythe de la sensibilité de l’Homme à toutes les fantaisies de l’Univers est omniprésent. Il ne manque que des preuves sérieuses à ce qui nous est affirmé.

Publié dans le n° 279 de la revue


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