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Champs électromagnétiques et maladie d’Alzheimer

Publié en ligne le 6 octobre 2016 - Ondes
par Juliette Le Douce - SPS n°317, juillet 2016

La maladie d’Alzheimer (MA) a été décrite il y a plus de cent ans par Aloïs Alzheimer. C’est une maladie neurodégénérative qui se développe progressivement. Même si les premiers signes sont semblables à ceux d’un vieillissement normal, rapidement les symptômes empirent : désorientation, changement d’humeur et de comportement, confusion intense concernant les événements, les lieux et le temps, pertes de mémoire plus importantes, difficultés pour parler, avaler et se déplacer. Cette maladie touche de nombreuses personnes dans le monde (plus de 28 millions selon l’OMS [1]), et malgré l’intensité des recherches dans ce domaine, les causes de la MA n’ont toujours pas été identifiées.

Ces dernières années, l’impact de l’environnement sur le développement des maladies neurodégénératives a été étudié et notamment l’effet des champs électriques et magnétiques d’extrêmement basse fréquence générés par les équipements produisant, transportant ou utilisant l’électricité (réseaux électriques, appareils électriques, moteurs, etc.). La fréquence du courant est de 50 Hz en Europe et 60 Hz aux États-Unis [2].

Un article publié en début d’année par une équipe de chercheurs belges (Maes et al [3]) présente une étude visant à rechercher un lien entre exposition au champ magnétique 50 Hz et apparition de marqueurs de la MA. Pour cela, ils ont utilisé des cellules provenant d’une tumeur hépatique humaine. Ces cellules ont été exposées à différentes intensités de champs magnétiques (5, 10, 50, 100 et 500 μT - micro-tesla) puis leur noyau (qui contient l’ADN des cellules) a été analysé par microscopie. Les chercheurs ont mis en évidence une faible augmentation de la fréquence de cellules présentant une instabilité chromosomique pour les cellules exposées à un champ ≥ 50 μT. Ce que l’on appelle instabilité chromosomique dans cette étude, c’est la présence de micronoyaux (en plus du noyau normalement présent dans la cellule, des micronoyaux contenant des chromosomes ou des fragments de chromosomes peuvent apparaître lors des divisions cellulaires).

Cependant, l’instabilité chromosomique n’est pas un biomarqueur établi de la MA, cette question fait toujours débat [4]. La communauté scientifique semble s’accorder sur le fait que, s’il y a une instabilité chromosomique dans les cellules du cerveau des patients atteints de la MA, ce serait le chromosome 21 qui serait impliqué [4]. Or, l’étude de Maes et al n’a pas regardé spécifiquement ce chromosome. Un autre biais de cette étude est l’utilisation de cellules cancéreuses (et non nerveuses) plus sensibles à l’instabilité chromosomique. Ainsi, une précédente étude de ce laboratoire montre une absence d’anomalie chromosomique liée à l’exposition au champ magnétique 50 Hz dans un autre type cellulaire du système immunitaire, les lymphocytes. Les auteurs restent d’ailleurs prudents dans leurs conclusions et précisent « qu’il est important de souligner que les résultats des quelques études expérimentales sur le champ magnétique basse fréquence et la MA sont plutôt rassurants. Donc, nos résultats ne prouvent rien. Ils suggèrent seulement que des études supplémentaires sont nécessaires ». Une étude similaire sortie au mois de mai décrit l’observation de l’effet du champ magnétique 50 Hz sur l’instabilité chromosomique des cellules épithéliales de cornées. Les chercheurs n’ont pas observé de différences entre les cellules exposées au champ magnétique et les cellules contrôles [5].

D’autres études ont été publiées et n’ont pas démontré d’effet du champ magnétique 50 Hz pouvant influer sur le développement de la MA [6] (p. 165, 166, 219, 226). Quelques études montrent au contraire une influence bénéfique de l’exposition au champ magnétique sur le risque de développer la MA [6] (p. 131)… Alors, les champs magnétiques, bénéfiques, délétères ou neutres ? La question reste ouverte. D’autres études seront nécessaires pour répondre à cette question.

Références


[1] OMS, « La démence », Aide-mémoire n°362, Avril 2016.
[2] « article 1200 », Science & pseudo-sciences.
[3] Maes A et al. « The Cytome Assay as a Tool to Investigate the Possible Association Between Exposure to Extremely Low Frequency Magnetic Fields and an Increased Risk for Alzheimer’s Disease ». J Alzheimers Dis. Janvier 2016.
[4] Iourov IY, Vorsanova SG, Yurov YB. « Genomic landscape of the Alzheimer’s disease brain : chromosome instability-aneuploidy, but not tetraploidy-mediates neurodegeneration », Neurodegener Dis. 2011 ;8(1-2) :35-7 ; discussion 38-40.
[5] Zhu K, Lv Y, Cheng Q, Hua J, Zeng Q. « Extremely Low Frequency Magnetic Fields Do Not Induce DNA Damage in Human Lens EpithelialCells In Vitro ». Anat Rec (Hoboken). 2016 May 299(5) :688-97. doi : 10.1002/ar.23312.
[6] SCENIHR, « Potential health effects of exposure to electromagnetic fields », Janvier 2015.


Mots-clés : Ondes

Publié dans le n° 317 de la revue


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