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Chromolithographie : une rencontre entre l’art et la technologie

Publié en ligne le 17 décembre 2011 -
par Nadine de Vos - SPS n°299
La chromolithographie

Au moyen d’un crayon gras, un dessin est réalisé en miroir sur une pierre lithographique - un carbonate de calcium à grain fin – spécialement préparée. En cours de tirage, la pierre est maintenue humide de sorte que l’eau repousse l’encre d’impression grasse aux endroits non dessinés et que la pierre ne retienne l’encre qu’aux endroits dessinés. La reproduction se fait par contact avec une feuille de papier humide. Au début de la chromolithographie, une pierre était employée par couleur et donc par passage. Par la suite, afin de réduire les coûts, les pierres furent repolies et réutilisées.

Détail d’une pierre lithographique

Du grec lithos, « pierre » et graphein, « écrire », la lithographie est un procédé d’impression à plat (contrairement à la gravure) inventé en 1796 par Aloys Senefelder. La lithographie en couleurs a été mise au point en 1837 par Godefroy Engelmann qui lui donna le nom de « chromolithographie ».

Contrairement à ce qu’on peut lire en français sur de nombreux sites Web, il ne s’agit pas d’un procédé fondé sur la quadrichromie, technique qui ne verra le jour qu’une trentaine d’années plus tard.

Nées des progrès technologiques, la lithographie, et, plus tard, la chromolithographie, ont inauguré la diffusion massive d’œuvres et de supports-papier. Si ces procédés constituent un maillon important dans la chaîne de l’information et de la vulgarisation du savoir, ils sont également à l’origine des premières publicités et, malheureusement, ont quelquefois servi de bien tristes causes.

La chromolithographie s’est perfectionnée et développée au cours du XIXe siècle, touchant tous les domaines, dont celui du commerce, avec les formes les plus diverses de publicité : affiches, catalogues, calendriers, étiquettes, prospectus, emballages, images à collectionner etc. On finit par placer sous la dénomination de chromos les images données massivement en primes pour faire connaître produits, magasins, marques...

Pendant les premières années de leur histoire, les cartes-primes étaient des images enfantines ou ludiques. Par la suite, des sujets plus sérieux furent abordés : histoire, géographie, personnages célèbres, arts, science... Les informations commerciales et publicitaires se trouvaient en général au verso. À travers ces images, c’est tout l’esprit d’une époque qui est exprimé, avec ses conquêtes, ses croyances, ses espoirs, ses projections dans le futur...


Au verso de cette image, un certificat manuscrit du Dr Charbonnier, attestant des bienfaits du Rhum Negrita (« si pur, si délicat et si aromatique ») dans les cas d’affections chroniques des bronches et des voies digestives « aussi communes que rebelles »... Le document est daté du 9 juillet 1894 et la signature du Dr Charbonnier est légalisée.

Pour résoudre tous les problèmes de cheveux, il y a des lotions, dont celle du Docteur Grave, « la seule approuvée de la Faculté de Paris », et qui « repose sur les dernières données de la science » : plus de calvitie ni de cheveux gris désormais !

Il y a aussi les potions miracles polyvalentes, comme par exemple l’Iodone, « véritable combinaison organique d’iode et de peptone entièrement assimilable, contre affections cardiaques, artériosclérose, obésité, asthme, rhumatismes, emphysème, syphilis », dépôt et vente en gros : Robin, 13 rue de Poissy à Paris...(à noter que l’Iodone Robin a été commercialisé jusqu’en 1989).

Malgré ces idées un peu naïves – mais sont-elles si différentes aujourd’hui ? – nos aïeux avaient de la science et du progrès une vision assez positive. Si un certain nombre de leurs projections dans le futur sont restées dans la fiction (le « ballon-omnibus en 2000 », ci-contre)...

... d’autres se rapprochent assez bien de notre réalité du XXIe siècle (ci-contre, « Comment vivront nos arrières-neveux en l’an 2012 »).


Une exposition et un livre

Une exposition intitulée « Chromos, l’enfance de la publicité » se tient actuellement au Centre d’Art du Rouge-Cloître à Bruxelles et jusqu’au 5 février 2012. Informations : www.rouge-cloitre.be

Une approche pédagogique éclaire le visiteur sur les prémisses et l’évolution du procédé chromolithographique qui donna naissance aux premières publicités. Une autre, artistique, permet de découvrir les grandes qualités graphiques de ces images qui font honneur à l’inventeur du procédé, G. Engelmann. Dès 1837, celui-ci annonçait que « tout artiste qui a le sentiment des couleurs et le talent de manier le crayon lithographique peut exécuter ces planches, leur impression est basée sur des moyens mécaniques précis et sûrs, de sorte que tout bon imprimeur lithographe peut en faire le tirage. »

Chromos, les premières publicités

Thierry de Vos – Éd. Armonia, 2007, 260 x 304 mm, 162 pages, 39

Chromos, cartes porcelaine, tickets de chaises... sont mis en vedette dans cet ouvrage dont la vocation a été de réunir et commenter toute une série d’informations sur ces fugaces témoins du passé avant qu’ils ne se délitent et sombrent dans l’oubli. Les illustrateurs y occupent une place de choix et les collectionneurs y trouveront également une liste des principaux catalogues disponibles sur le marché, à laquelle il y a lieu d’ajouter le tout dernier catalogue de l’éditeur Appel, aux éditions Bastille-Tango.

Publié dans le n° 299 de la revue


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