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Dégazage !

Publié en ligne le 2 mars 2014 -
par Georges Jobert - SPS n° 305, juillet 2013

L’inévitable épuisement des ressources en hydrocarbones fossiles aisément exploitables est dans tous les esprits. Mais, depuis quelques années, d’autres ressources en gaz naturel ont été découvertes, qui pourraient prendre le relais. On met ainsi en balance les avantages et les inconvénients de l’exploitation de l’huile ou du gaz de sables ou de schistes bitumineux. En 1996, une autre source, plus inattendue, est découverte dans le Pacifique : les hydrates de méthane 1, maintenant trouvés en abondance sur de nombreux fonds océaniques. Pour l’instant, ces gisements n’ont pas été mis en exploitation. Le réchauffement des permafrosts libère également du méthane, contribuant au réchauffement de l’atmosphère. L’origine biogénique 2 de ce gaz n’est pas mise en doute, mais il est aussi présent sur Titan – où il pourrait provenir [1] du dégazage d’hydrates déposés dans un océan enrichi en ammoniaque, après une éventuelle remontée à partir du noyau – et sur Mars [2], où, comme sur Terre, il pourrait provenir de l’altération de roches riches en olivine.

Et voici qu’un nouveau venu occupe les unes dans la presse : l’hydrogène. L’idée que de la matière primordiale du système solaire ait pu rester à l’intérieur d’une planète comme la Terre, remonte à Kuhn et Rittman (1941). Ramsey la réfuta en 1951. En 1977, Stevenson envisagea que le noyau externe, composé essentiellement de fer, puisse contenir environ 1 % d’hydrogène, qui expliquerait sa densité plus faible que celle du fer pur, aux pression et température qui y règnent. Depuis quarante ans, V. Larin, géologue russe, soutenait que l’hydrogène est aussi présent en abondance dans le manteau terrestre et qu’il s’en échappe dans les régions où celui-ci est soulevé, comme dans les dorsales océaniques 3 ou certaines régions continentales. Longtemps contestée, cette hypothèse a suscité une attention nouvelle quand, en 2002, des chercheurs de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) ont confirmé la présence d’émissions d’hydrogène dans les fumeurs noirs 4 des dorsales. Depuis, on en a trouvé non seulement en Islande, mais aussi au Brésil, en Russie, au Mali... Cet hydrogène ne serait pas d’origine primordiale, mais, comme une partie du méthane, le résultat de l’altération de certains minéraux comme l’olivine. A. Prinzhofer [3] remarque que même un flux faible peut se révéler intéressant, si la durée de fabrication du gaz est petite par rapport à celle du pétrole, et en fait une espèce d’énergie renouvelable.

Les recherches dans ce domaine vont certainement se développer rapidement.

[1] Tobie et al., Nature 2006
[2] Oze et Sharma, Geophs. Res. Lett. 2005
[3] http://www.ifpenergiesnouvelles.fr/...

1 Hydrate de méthane : Les molécules de méthane sont piégées dans les lacunes du réseau de glace.

2 Biogénique : i.e. provenant de matière organique enfouie dans une subduction.

3 Dorsales océaniques : Frontières entre deux plaques tectoniques qui s’écartent l’une de l’autre, avec une remontée du manteau entre elles. Ainsi se forme un relief sous-marin très large et très long.

4 Fumeurs : Dans la vallée centrale des dorsales, ou graben, des fluides s’échappent de colonnes appelées fumeurs. Certains émettent de l’eau sulfureuse à très haute température, à forte teneur en fer et en manganèse, ce qui leur confère une couleur noire.

Publié dans le n° 305 de la revue


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