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L’empathie

Publié en ligne le 26 mai 2005
Note de lecture de Monique Bertaud - SPS n° 266, mars 2005

L’empathie est la capacité à identifier l’émotion chez autrui et à en comprendre la raison et la motivation.

L’équipe réunie sous la direction d’Alain Berthoz et Gérard Jorland réunissant neurologues, psychologue, éthologue, philosophes et physiologiste fait le point des connaissances sur un des fondements du comportement social.

Cet ouvrage s’inscrit parmi les nombreux travaux qui montrent l’interpénétration étroite entre des fonctions considérées comme « morales » et l’avantage compétitif qu’elles représentent dans la sélection évolutive des espèces.

La capacité à s’ajuster à l’autre entre espèces différentes par anticipation est une fonction sélectionnée par l’évolution sans laquelle le prédateur n’attraperait jamais sa proie ou la proie n’échapperait jamais à son prédateur.

Cette faculté implique de pouvoir se mettre à la place de l’autre en restant soi-même, ce qui la différencie totalement de la sympathie définie comme le partage d’émotions.

L’intellectualisation outrée de l’approche cognitiviste est considérée dans cet ouvrage comme une forme moderne de la mécanisation cartésienne pour qui le rationnel serait la seule alternative à l’automatisme. Les multiples travaux modernes réalisés, tant chez l’homme que chez l’animal, montrent qu’il est impossible d’être objectif en ignorant les sentiments.

La capacité à changer de perspective que constitue l’empathie est un vecteur de connaissances et d’intériorisation des normes sociales dans l’espèce humaine.

Sentir son vécu en autrui par projection, et la capacité à distinguer l’alter ego vivant des choses du monde inanimé participent à l’objectivation du monde.

L’étude de cas pathologiques montre l’enracinement corporel de cette fonction.

L’analyse de la fabrication de bourreaux par la destruction initiatique du sujet et sa déculturation par désafiliation s’inscrit en faux contre la théorie psychanalytique de la causalité intra-psychique de la personnalité. La démonstration que la torture n’est pas un acte de sadisme mais une construction méthodique de terreur pour la course au pouvoir nous permet de comprendre sa permanence sous tous les régimes.

Après un tour d’horizon sur les diverses conséquences de la destruction programmée de l’empathie, comme la manipulation des enfants dans les jeunesses hitlériennes ou par Pol-Pot, la capture de l’esprit par les gurus, les sectes ou encore l’enfermement des femmes sous le voile, Alain Berthoz nous fait part de ses hypothèses sur les mécanismes physiologiques et nous éclaire sur les bases cérébrales de l’empathie et de sa pathologie.

L’empathie n’a pas de place là où a disparu la liberté de choisir son point de vue, conclut-il.

Cet ouvrage pluridisciplinaire nous éclaire sur les bases physiologiques qui régissent les fondements des comportements sociaux. Si certains passages peuvent paraître un peu ardus, la diversité des approches le rend non seulement accessible mais passionnant pour tous ceux que préoccupe la manipulation des esprits.


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Publié dans le n° 266 de la revue


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