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La chimie organique en BD

Publié en ligne le 24 juin 2015
Note de lecture de Kévin Moris

« Après que la structure exacte de la palytoxine fut élucidée en 1982, Yoshito Kishi [...] réussit enfin la synthèse totale de ce composé en 1994. Cet exploit fut si exceptionnel que certains l’ont comparé à la conquête de l’Everest ! » (p. 47)

Paul Depovere est professeur de chimie émérite à l’Université Catholique de Louvain. Il est connu en France comme auteur d’ouvrages de vulgarisation et traducteurs d’ouvrages de référence parus initialement en anglais. Il a déjà à son actif une BD réussie qui invite à découvrir la chimie 1. On appréciera d’ailleurs la couverture – moins caricaturale que celle de la BD déjà citée, avec seulement quelques liquides colorés et fumants.

Dans ce nouvel ouvrage illustré par Andy Demaret, Paul Depovere donne à découvrir la chimie organique, « branche de la chimie qui se focalise sur les molécules contenant du carbone (C) et de l’hydrogène (H), avec, en outre, très souvent de l’oxygène (O) et/ou de l’azote (N) » (p. 3). Deux aspects importants s’entremêlent et sont traités de front : l’histoire des découvertes de la chimie organique et la présentation des différents concepts inhérents à cette discipline.

En premier lieu, l’histoire de la chimie organique est présentée de façon vivante à travers les grands savants qui en ont posé les jalons, et le récit – ainsi humanisé – est captivant. La démarche scientifique – observations, hypothèse, validation expérimentale (ou non) – sert évidemment de cadre à l’histoire, mais la sérendipité n’est pas en reste : ainsi Perkin qui fera fortune en obtenant la mauvéine (premier colorant synthétique) alors qu’il tentait de synthétiser la quinine en 1856. On prend la pleine mesure du chemin parcouru en deux siècles seulement, depuis la synthèse de l’urée (une petite molécule) par Wöhler en 1828, pour parvenir à celle de la palytoxine (une grosse molécule de structure très complexe, voir la citation en exergue).

En second lieu, de nombreux outils de la chimie organique sont présentés : des notions de stéréochimie précèdent les différents types de réactions (substitutions, éliminations, additions, condensations, polymérisations...) accompagnés de considérations mécanistiques. Cela est fait avec l’aide de médiateurs : une chimiste et un petit chien (doué de la parole) qui figurent tous deux sur la couverture. Pour autant, même si c’est un véritable tour de force que réalise P. Depovere de faire tenir autant avec une aussi faible pagination, toutes ces notions n’auront un véritable intérêt que pour quelqu’un qui les a déjà étudiées en premier cycle universitaire. Même le petit chien avoue se perdre à un moment : « La chimie organique, c’est véritablement génial, mais ici, je lâche » (p. 14). Ainsi, le lecteur profane pourra être impressionné, peut-être intéressé quand même, mais pourrait avoir du mal à prendre la pleine mesure de tout ce qui est mis à sa disposition.

En dernier lieu, on pourra regretter quelques maladresses : appeler « anhydride carbonique » – appellation quelque peu vieillotte - le dioxyde de carbone CO2 ; des usages non uniformisés pour l’écriture des mécanismes réactionnels (charges formelles non systématiquement entourées, doublets d’électrons représentés parfois par deux points au lieu d’un tiret) ; la mention d’un prix Nobel pour laquelle il n’est pas précisé qu’il ne s’agit pas d’un prix de chimie.

En conclusion, la lecture de cet ouvrage sera surtout profitable aux chimistes, mais qu’ils soient débutants ou chevronnés, tous y trouveront leur compte.

1 À la découverte de la chimie, Paul Depovere (scénario) et Aurélie Koot (dessin et couleur), De Boeck, 2012.


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