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La vérité dans les sciences - Symposium annuel

Publié en ligne le 15 janvier 2005
Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 265, décembre 2004

« [...] loin d’exercer le genre d’hégémonie ou même de tyrannie qu’on leur reproche régulièrement, les rationalistes d’aujourd’hui occupent en réalité depuis longtemps une position minoritaire et défensive. » Jacques Bouveresse et Jean-Pierre Changeux, introduction de ce livre.

Les participants de ce symposium jouent le jeu initié dès l’introduction par Bouveresse et Changeux : ne pas prétendre juger de la vérité de leur discipline, mais cerner son rôle dans le cheminement de leurs recherches. Tous se tiendront à cette règle, montrant la profondeur de leur réflexion, mais aussi l’humilité nécessaire dans cette quête.

Se réunissent 1 autour de ce concept-clé un chercheur en neurosciences, quelques philosophes (du langage, des sciences), des historiens des sciences, un anthropologue, un astrophysicien, un chercheur en physique atomique, un économiste, et un professeur de psychologie cognitive.

Notre soif de vérité s’étudie là où elle naît, et là où elle s’épanouit : le cerveau de l’enfant, où s’élabore la construction du vrai, grâce à la compétition entre les stratégies. C’est Olivier Houdé, psychologue cognitiviste, qui nous apprend que l’enfant met en œuvre une stratégie d’inhibition afin de trancher entre ce qui lui apparaît comme deux vérités, comme dans la fameuse expérience piagétienne des rangées à nombre égal mais de longueurs différentes. L’enfant affronte le choc des vérités, non pas en montant les marches d’une pyramide (théorie de Piaget), mais en confrontant les hypothèses qui surgissent de toutes parts et en les soumettant à son pouvoir d’élimination.
Grâce à l’inhibition, concept-clé pour que le cerveau débusque le vrai, se met en place une précieuse « flexibilité intellectuelle » qui autorisera les acrobaties des apprentissages.

Mais la question du réalisme et de la vérité se traite aussi dans ce livre de façon plus philosophique : les scientifiques ne font-ils que sauver les phénomènes ? Les lois fondamentales, universelles, qui gèrent les relations entre les objets, sont-elles les seules détentrices de vérité ? Les objets étudiés sont-ils destinés à être abattus ? La vérité des atomes s’affirme pourtant sans détour. Pas seulement le choc des atomes. Chacun d’entre eux s’observe et se manipule. Suivez, pour cette démonstration quantique proprement « magique », Serge Haroche, qui, pédagogue et narrateur, vous entrouvre la porte de l’invisible et du troublant.

Sur l’échiquier du vrai, la cosmologie occupe une position délicate. Une preuve observationnelle n’étant pas l’équivalent d’une preuve expérimentale, elle se doit de rester stricte sur les critères qui la conforteront : anticipation à partir de données, prédictions vérifiables. Les modèles théoriques occupent alors une place prépondérante, mais ils doivent rester des modèles soumis à réfutation.

« La notion de modèle standard ne signifie pas que la théorie est " vraie " au sens d’une théorie finie, complète, mais que, pour une grande majorité des chercheurs dans cette science, ce modèle sert de cadre théorique et de référence à laquelle confronter en premier les observations. » Cette phrase de Jean-Loup Puget, directeur de l’institut d’astrophysique d’Orsay, résume assez bien l’esprit qui anime les scientifiques, qu’ils soient de la cosmologie ou non : modestie, mais aussi opiniâtreté.

Cet ouvrage vous montrera combien la présomption peut être absente de la réflexion scientifique et vous proposera de pister la vérité sur de multiples terrains. Sans garantie ultime, sauf celle de ne jamais être ennuyeuse !

1 Jacques Bouveresse, Jean-Pierre Changeux, Philippe Descola, Anne Fagot-Largeault, Roger Guesnerie, Ian Hacking, Serge Haroche, Olivier Houdé, Geoffrey Llyod, Jean-Loup Puget, Elie George Zahar.


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Publié dans le n° 265 de la revue


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