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Le laboratoire CNRS de génétique évolutive de Gif - De part et d’autre de l’œuvre de Georges Teissier

Publié en ligne le 16 octobre 2015
Note de lecture de Michel Morange - SPS n° 314, octobre 2015

Un tel ouvrage, consacré à la vie d’un laboratoire depuis sa fondation en 1951 jusqu’à aujourd’hui, présente de multiples intérêts pour les historiens et pour les scientifiques. Il décrit l’activité du premier laboratoire français qui ait travaillé dans le cadre de la Synthèse évolutive apparue aux États-Unis et en Grande-Bretagne dans les années 1930-1940 (appelée aussi Synthèse Moderne). Les difficultés auxquelles le laboratoire s’est heurté permettent de jeter un regard nouveau sur les obstacles que la majorité des biologistes français ont eu à franchir pour accepter la théorie darwinienne et la génétique.

Cet ouvrage met aussi en valeur l’œuvre et la personnalité de Georges Teissier qui n’ont pas reçu jusqu’à maintenant une attention suffisante de la part des historiens. Formé à la zoologie, biométricien convaincu, il est avec Philippe L’Héritier l’un des premiers biologistes français à reconnaître l’importance de la génétique des populations et de la Synthèse Moderne. Il est le premier avec L’Héritier à les mettre à l’épreuve par la mise au point de « cages à population » dans lesquelles on peut tester expérimentalement l’action de la sélection naturelle : si, dans ces cages, on garde constant le nombre de mouches, on peut voir, au fil des générations, augmenter la proportion de telle ou telle forme particulière de mouche favorisée dans l’environnement où sont placées les cages. À la tête du CNRS, Georges Teissier est un des grands réorganisateurs de la science française après la Seconde Guerre Mondiale.

Ce livre montre également l’importance du « contexte » dans le développement des sciences : influence des relations formées pendant la Résistance, poids du parti communiste et des tensions idéologiques induites par l’affaire Lyssenko. Il a aussi le mérite de rappeler qu’un laboratoire est une somme d’individus ne partageant pas toujours les mêmes approches ni les mêmes modèles. Pourtant, il existe une « atmosphère de laboratoire » dont rendent compte les témoignages joints à ce livre, essentielle pour la productivité scientifique de ce laboratoire.

Ce livre est donc une riche source d’informations originales, sur la vision de l’évolution, complexe et en partie hétérodoxe, de Georges Teissier, ou sur la complexité et les difficultés des expériences réalisées avec les cages à population. Laurent Loison tente d’aller plus loin, de montrer qu’il y a un style et une problématique, partagés par de nombreux biologistes français, qui se sont maintenus pendant près d’un siècle. Le cœur en serait une conception du gène bâtie à partir de celle du microbe : hypothèse séduisante qui donne à ce livre une unité inattendue.

Publié dans le n° 314 de la revue


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