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Le renard et le hérisson

Publié en ligne le 28 juillet 2006
Note de lecture de René-Lucien Seynave - SPS n° 272, juillet-août 2006

Vous avez aimé les ouvrages précédents du célèbre paléontologue américain, adversaire confirmé des créationnistes de son pays, vous aimerez Le renard et le hérisson. Et pourtant, vous serez embarrassé, sinon peiné. D’abord, l’homme après un long et joyeux combat contre la maladie a fini par le perdre, et ce sera son dernier ouvrage. Ensuite, vous craindrez que le voyage vers la rencontre entre les « humanités » où l’imaginaire, l’imprévu, l’aléatoire vont régner, et la « méthode scientifique », froide et rigoureuse, mène des esprits non avertis à des dérapages.

On ne perçoit pas toujours, à travers le souci d’enrichir le dialogue entre les démarches de l’esprit humain, si la science est réduite à une simple expression des pressions sociales, ni même si ce que l’auteur appelle les humanités ne finirait pas par conduire à une vague spiritualité qui n’oserait pas dire son nom. On ne doutera pas de la position personnelle de Gould. Deux modes d’appréhension du réel et du vécu ne se féconderont que si chacun a sa vigueur et sa spécificité, sachant bien que chacun ne pourra absorber l’autre. La subtilité de Gould lui permet de dominer les complémentaires en évitant tous les pièges.

Mais on se demande si l’ouvrage « est à mettre entre toutes les mains ». Il ne manquera pas de courts esprits pour y voir une position critique à l’égard de ceux qui n’acceptent pas que les unes se servent de concepts scientifiques mal digérés pour faire passer pour rigoureuses des idées qui, loin d’être issues des « Humanités » ne sont que de la fumée inconsistante.

Pour autant, cet ouvrage porte à nouveau la marque d’une grande intelligence et il est la source de réflexions très enrichissantes, dans une atmosphère de liberté de penser qui oblige le lecteur à déranger ses propres certitudes.

Publié dans le n° 272 de la revue


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