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Libérer l’accès à la recherche

Publié en ligne le 28 septembre 2006 - Science
par Isabelle Burgun

« Permettre le libre accès à ses recherches a un impact considérable. Les chercheurs qui s’y livrent sont plus cités. Leurs travaux sont plus lus, téléchargés ou utilisés », annonce Stevan Harnad, considéré comme « le » spécialiste de la question à l’Université du Québec à Montréal, la première université nord-américaine à avoir signé la Déclaration de Berlin sur le libre accès à la connaissance.
Stevan Harnad rapporte une étude réalisée à partir des données 1992-2003 de l’Institute for Scientific Information (www.citebase.org/isi_study/). Un logiciel – un « robot » – a épluché 8000 grandes revues de 12 disciplines (de la physique à la linguistique) pour retenir les références aux textes en libre accès sur le web. L’impact : de 25 à 250 % de références supplémentaires, par rapport aux articles de la même revue qui ne sont pas disponibles sur le web.
« Être cité ou non, ce n’est pas seulement une question d’orgueil pour le chercheur. Cela a une forte influence sur sa carrière ou son salaire » s’exclame le Pr Harnad. Sans compter que cela permet aussi d’évaluer les subventions de recherche accordées aux chercheurs. « Si les résultats sont largement utilisés et appliqués, cela démontre très concrètement l’importance de ces travaux », affirme le chercheur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neuroscience de la cognition, qui est aussi un fervent défenseur de la Déclaration de Berlin.

Une déclaration face aux revues payantes

La Déclaration de Berlin sur le libre accès à la connaissance en sciences exactes, sciences de la vie, sciences humaines et sociales vise la libre circulation des résultats de recherche, tous pays, disciplines ou établissements universitaires confondus. Plus de 152 établissements universitaires du monde entier ont signé cette déclaration issue d’une conférence tenue à Berlin en octobre 2003. En avril dernier, c’était le tour de l’UQAM.
Lorsqu’on pense au libre accès, on se soucie surtout de l’accès des chercheurs des pays en voie de développement aux résultats de travaux scientifiques. Mais devant l’augmentation spectaculaire des tarifs des abonnements des revues savantes, il devient onéreux même pour les universités occidentales d’avoir accès à l’ensemble de ce qui se publie. « L’UQAM n’a pas les moyens de s’abonner aux quelque 24 000 revues scientifiques » rétorque le Pr Harnad.
Des éditeurs de revues scientifiques sont évidemment réticents à rendre d’accès gratuit. Pourtant, leur adhésion serait plus importante que ce que l’on perçoit. « Je dirais que 93 % des revues donneraient le feu vert à l’archivage, il ne reste que 7 % de vrais réfractaires », affirme le chercheur. Et même là, le moyen de contourner ce refus serait de faire figurer le courriel de l’auteur, à qui l’internaute pourrait réclamer directement le texte.

Auto-archivage, la clé de la liberté ?

L’un des moyens les plus simples de rendre des travaux de recherche disponibles au plus grand nombre s’avère l’auto-archivage sur Internet. « Près de la moitié (49 %) des chercheurs universitaires interrogés ont eu une expérience d’auto-archivage dans les trois dernières années », relève Stevan Harnad. Pourtant seulement 15 % en feraient de manière systématique. Essentiellement en raison du manque de temps car selon un sondage, près de 81 % des chercheurs s’y plieraient volontiers si leur université le rendait obligatoire (http://eprints.ecs.soton.ac.uk/11006/).
Auto-archiver un article prend environ 10 minutes, estime le Pr Harnad. « Et les chercheurs ne publient guère plus de quatre articles par année » ajoute-t-il. L’université pourrait même employer des étudiants ou des documentalistes pour archiver les articles des chercheurs réticents ou débordés. « Je suis archivangéliste depuis dix ans », lance-t-il en boutade.
Déjà, cinq universités ont rendu l’archivage obligatoire : CERN (France), Queensland University of Technology (Australie), Universidade do Minho (Portugal), l’Université de Zurich (Suisse) et le département d’informatique de l’Université de Southampton (UK)

Du côté de l’UQAM

Après avoir apposé sa signature au bas de la Déclaration de Berlin, l’UQAM doit maintenant rendre concrète cette adhésion au libre accès. Cela implique deux démarches, technique et politique. La première paraît la plus simple : l’université doit mettre en place un service d’archivage – annoncé d’ici le mois de juin – respectant les standards du protocole international Open Archives Initiative.
Quant à la politique, Magda Fusaro qui dirigeait le comité en charge du dossier à l’UQAM, avoue qu’il s’agira plutôt d’une directive. « Je reconnais là l’enthousiasme du Pr Harnad. Cette directive sera intégrée aux priorités mises en avant par le vice-recteur aux services académiques et au développement technologique. Cela fait pour l’instant l’objet d’une consultation interne », annonce cette professeure au Département de management et technologie de l’UQAM.
La directive devrait être adoptée, en même temps que l’ensemble du document, d’ici l’automne. Elle ne sera pas contraignante pour les auteurs, se contentant d’inciter ceux qui le désirent à pratiquer de l’auto-archivage sur une base volontaire.

Lire le dossier complet à :
http://www.sciencepresse.qc.ca/archives/quebec/capque0506g.html


Mots-clés : Science


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