Accueil / Notes de lecture / Pourquoi aime-t-on la musique ? Oreille, émotion, évolution

Pourquoi aime-t-on la musique ? Oreille, émotion, évolution

Publié en ligne le 11 juin 2010
Note de lecture de Martin Brunschwig - SPS n° 290, avril 2010

Qu’on veuille bien me pardonner de commencer ce commentaire de lecture en rappelant une fiche rédigée précédemment, pour le n° 286, mais il se trouve que Sylvia Bencivelli répond directement dans son ouvrage aux interrogations que je formulais à cette occasion : pour mémoire, il s’agissait d’un livre traitant de mathématique et de musique 1, et je terminais ma note par cette affirmation (bien hasardeuse, finalement...) : « La science ne me paraît donc pas forcément la bonne porte pour expliquer ce mystère irrésolu, et sans doute culturel bien plus que scientifique : comment et pourquoi des sons agencés provoquent-ils joie, tristesse, énergie, recueillement, etc. etc. ? »

Vous l’avez deviné, je me trompais assez largement, et l’ouvrage de Bencivelli, ainsi que le processus cumulatif du savoir et des livres, offre au lecteur assidu une approche sans cesse améliorée de la réalité. En effet, la première chose qui frappe ici le lecteur est le nombre et la variété impressionnante des stratégies mises en place par les chercheurs de tous horizons pour tenter de répondre à la question du titre 2. Une question très vite « améliorée » par l’auteur : vous avez sans doute lu ou entendu quelque part cette idée que la musique, le chocolat ou le sexe activait chez l’homme (et la femme !) les mêmes « récepteurs ». Sylvia Bencivelli passe donc de sa question « Pourquoi aime-t-on la musique ? » à « Comment interpréter le fait qu’une musique agréable active les mêmes circuits neuronaux que la nutrition et le sexe, c’est-à-dire les activités favorables à la survie de l’individu et de son espèce ? ».

La stratégie de l’auteur pour apporter des éléments de réponse est celle d’un général qui assiège une citadelle : elle tente d’entrer par toutes les ouvertures possibles, le rôle de la musique (ou du chant) chez les animaux, chez les nouveau-nés, dans différentes cultures, chez certains malades présentant des particularités musicales (et surtout « a-musicales ») ou d’autres qui au contraire sont susceptibles d’être aidés par la musique, ou dans nos vies de tous les jours. Bref, les travaux des chercheurs les plus sérieux 3 sont présentés de façon claire et intéressante, formant au final un archipel d’hypothèses qui, même si elles peuvent être parfois contradictoires, permettent de se faire une image la plus complète possible de la question avec les connaissances actuelles.

Mais enfin... la citadelle n’est pas « tombée » à la fin du livre, et l’information principale, c’est surtout d’apprendre que ce domaine de recherche est en pleine expansion, et que la science est absolument une entrée irremplaçable pour tenter de comprendre n’importe quel aspect de notre réalité. Ce livre est parfait pour en donner à la fois l’illustration, mais aussi l’ampleur et la difficulté de la tâche.

1 Mathématiques, science et musique de Éric Decreux, Éd. Ellipses, 2008.

2 Et quant à mon propre commentaire sur l’aspect « culturel », voilà précisément une chose que les recherches « scientifiques » peuvent tenter de mettre en évidence, justement !

3 L’auteur fait souvent la distinction, fort utile, entre les travaux « vraiment » scientifiques, et « ce qu’on peut lire dans les journaux »...

Publié dans le n° 290 de la revue


Partager cet article