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Classification phylogénétique du vivant

Publié en ligne le 15 juillet 2004
Note de lecture de Philippe Le Vigouroux - SPS 247, juin 2001

Voici un bien bel ouvrage savant.
Depuis quelques dizaines d’années, la façon de voir la ressemblance au sein du vivant a changé : grâce à la cladistique (ou systématique phylogénétique, fondée en 1950 par Willi Hennig), la classification rend compte de l’histoire évolutive des espèces. Dans cette approche, la génétique est un outil supplémentaire qui vient compléter les données morphologiques. En simplifiant, le principe de cette classification repose sur le regroupement des espèces présentant des caractères propres nouveaux (ou caractères dérivés) en un groupe (ou clade) issu d’un ancêtre commun exclusif qui fût le premier à présenter ces caractères innovants.

Et voilà que tout est chamboulé. Quelques exemples (mes chers collègues de SVT, de la 6ème à la terminale, accrochez-vous !) :
- on avait déjà éliminé de nos cours le groupe des invertébrés. Désormais, chez les Vertébrés, si les groupes des Oiseaux et des Mammifères sont conservés, le groupe des reptiles, d’une part, et celui des poissons, d’autre part, disparaissent de la classification phylogénétique (voir l’encadré)...
- les algues n’existent plus, ces organismes sont désormais dispersés dans divers embranchements de l’arbre actuel...
- l’homme n’est plus le seul représentant du groupe des hominidés : le chimpanzé et le gorille l’y rejoignent, l’orang-outan restant dans le groupe des pongidés...
- la truffe du Périgord à une parenté plus grande avec l’homme qu’avec la pâquerette ou même qu’avec le polypode (fougère)...

Où sont passés les Reptiles et les Poissons ?

Rien de changé pour les Oiseaux et les Mammifères : on retiendra que chacun de ces deux groupes reste monophylétique, c’est à dire que tous les oiseaux sont issus d’un ancêtre qui possédait les innovations propres à tous les oiseaux et rien qu’à eux. Idem pour les Mammifères.

Par contre, le groupe des Reptiles et celui des Poissons éclatent.

Puisque leur ressemblance globale le permettait, le varan de Komodo et le crocodile étaient traditionnellement classés dans un même groupe celui des Reptiles. Evidemment, la sarcelle était exclue de ce groupe pour appartenir au groupe des Oiseaux. Désormais, la classification phylogénétique regroupe la sarcelle et le crocodile dans un groupe commun, les Archosaures. Le varan sera classé dans les Lépidosaures. En effet, les crocodiliens et les Oiseaux (dont la sarcelle) présentent des innovations (le gésier, pour n’en retenir qu’une) qu’aucun autre groupe de reptiles ne possède (tortues, lézards, serpents, sphénodon).

Sur le même principe, le groupe classique des Poissons est éclaté entre les Actinoptérygiens, les Actinistiens (une seule espèce : le Cœlacanthe) et les Rhipidistiens qui regroupent les Dipneustes et les tétrapodes. Les Rhipidistiens innovent en effet par la présence d’un poumon alvéolaire fonctionnel ou encore de deux oreillettes au cœur.

Ainsi, les termes Reptiles et Poissons n’ont plus de sens dans une classification fondée sur le lien de parenté entre les divers groupes d’êtres vivants.

Tout cela ne nous est pas asséné de façon académique : les auteurs comprennent la nouveauté de l’approche et reconnaissent le retard de l’enseignement tant secondaire qu’universitaire en la matière.

Dans l’introduction à la classification, ils nous font une histoire des classifications, de leurs fondements philosophiques, nous dressent un panorama des méthodes actuelles et reviennent de façon pédagogique sur quelques concepts (homologie/analogie ; horloge moléculaire ; fossile vivant ; statut de l’ancêtre, des intermédiaires). Le vocabulaire est scientifique, précis parfois complexe : un lexique clarifie les termes.

La classification se présente sous forme de fiches donnant une description générale du groupe, précisant quelques caractères propres au groupes et dérivés de structures plus anciennes. Sont évoqués aussi le plus ancien fossile, le nombre d’espèces recensées, leur répartition géographique et écologique.

Enfin, on accordera une mention spéciale aux dessins de Dominique Visset qui tiennent à la fois de l’illustration naturaliste et du dessin scientifique de précision.

Guillaume Lecointre et Hervé Le Guyader nous avertissent du risque d’obsolescence de la synthèse qu’ils nous offrent : parce que les techniques et les données se précisent, parce que la phylogénétique est une discipline scientifique dont les propositions sont soumises à la réfutation...

J’ai parlé d’ouvrage savant. Est-ce à dire qu’il est réservé à quelque universitaire penché sur ses échantillons dans un laboratoire confiné ? Evidemment non ! Au contraire, son public est large.

En premier lieu, les enseignants et les CDI des établissements secondaires (voire universitaires) doivent s’équiper de ce livre : c’est un support indispensable à l’enseignant qui y trouvera nombre d’exemples pour illustrer ses cours sur l’évolution ou la classification et qui pourra aiguiser la réflexion de ses élèves sur les méthodes de classification. Mais ce livre s’adresse aussi et surtout à chacun, curieux de connaître le nouvel état d’une science qui remet l’homme à sa place dans la diversité du monde vivant.


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Publié dans le n° 247 de la revue


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