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De l’utilité des vieux moulages paléontologiques

Publié en ligne le 29 octobre 2019 - Information scientifique - Science

La plupart des musées d’histoire naturelle et des collections universitaires possèdent des séries de moulages de fossiles. Il s’agit de copies précises d’originaux, fréquemment en plâtre, réalisées par des techniciens souvent très talentueux. Les plus anciens de ces moulages remontent aux premières décennies du XIXe siècle. Si beaucoup d’entre eux sont conservés dans des réserves, d’autres figurent, parfois en grand nombre, dans les galeries d’exposition ouvertes au public. Nombreux sont, sans doute, les visiteurs qui ne réalisent pas que le grand squelette de Diplodocus qui domine la galerie de paléontologie du Muséum national d’histoire naturelle à Paris est en fait un moulage en plâtre, don de l’industriel américain Andrew Carnegie en 1908.

La réalisation de tels moulages a obéi à des buts variés. Préserver les fossiles originaux, souvent fragiles et soigneusement gardés en réserve, en est un. La présentation au public de spécimens spectaculaires en est un autre, et offrir un tel moulage, ou l’échanger contre un autre, a pu être une marque d’estime et de collaboration entre musées. Au XIXe siècle, le Muséum de Paris a ainsi envoyé à nombre de musées de province des moulages de fossiles considérés comme particulièrement intéressants. On rencontre ainsi des copies du crâne du « grand animal de Maastricht », un mosasaure (reptile marin du Crétacé) volé dans cette ville par les armées de la Révolution, et conservé depuis à Paris. Mais ces distributions de moulages avaient aussi un but scientifique et éducatif car ils fournissaient aux scientifiques des copies aussi fidèles que possible de spécimens importants, qui pouvaient leur servir pour les comparaisons qui sont à la base de la démarche paléontologique, ainsi que pour l’instruction des étudiants. Une illustration, aussi précise soit-elle, ne peut rendre les mêmes services qu’une reproduction fidèle en trois dimensions.

Moulages des spécimens-types de l’oiseau géant Aepyornis maximus conservés au Muséum de Rouen. Les originaux, décrits en 1851 par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, sont aujourd’hui introuvables.

Aujourd’hui les échanges de moulages se font plus rares car des techniques nouvelles les supplantent peu à peu : un scan de haute qualité en trois dimensions est plus facile à diffuser, sous forme numérique, qu’un encombrant moulage. Faut-il penser pour autant que les vieux moulages du XIXe siècle ont perdu leur intérêt ?

Certes non : outre qu’ils continuent à fasciner les visiteurs des musées, ils conservent un intérêt scientifique réel, en particulier lorsque les originaux ont disparu. Durant la Seconde Guerre mondiale, nombre de musées d’histoire naturelle ont souffert des bombardements, en Allemagne, en Angleterre et aussi en Normandie (à Caen et au Havre) et les moulages envoyés à d’autres institutions sont bien souvent tout ce qu’il reste de fossiles, parfois de très grande importance, mais aujourd’hui détruits. Un autre exemple est celui des spécimens-types de l’oiseau géant malgache disparu Aepyornis maximus, à savoir quelques ossements ayant servi à définir cette espèce, qui devraient se trouver au Muséum de Paris, mais sont aujourd’hui introuvables. Fort heureusement, au XIXe siècle, des moulages de ces os furent envoyés à de nombreux musées de province (dont celui de Rouen où ils ont été soigneusement conservés) et ils permettent aujourd’hui de « remplacer » les originaux pour diverses études scientifiques, notamment celles qui font appel à des mesures et des statistiques.


Thème : Information scientifique

Mots-clés : Science

Publié dans le n° 329 de la revue


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L' auteur

Eric Buffetaut

Directeur de recherche émérite au CNRS, laboratoire de géologie de l’ENS, Paris.

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