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Des poulets transgéniques résistants à la grippe

Publié en ligne le 28 octobre 2011 - OGM
par Louis-Marie Houdebine - SPS n° 297, juillet 2011

Chacun a encore à l’esprit les épisodes des grippes aviaire et porcine qui ont semé un petit vent de folie déclenché par la peur. Le monde développé se croit sans doute un peu trop à l’abri de certaines maladies infectieuses. Il est facile d’accuser l’élevage industriel qui concentre dans un espace restreint un nombre très élevé d’animaux. Ces méthodes sont sans doute critiquables mais il ne faudrait pas oublier que le passage à l’Homme des virus de la grippe et bien d’autres ont lieu fréquemment dans les élevages artisanaux où l’hygiène est défaillante et où les contacts des éleveurs avec les animaux sont très fréquents.

Les vaccinations ont fait largement la preuve de leur efficacité malgré ce que certains continuent d’affirmer. Une possibilité pour protéger les animaux est d’avoir recours à la génétique. On sait que, lors d’épidémies, des individus résistent très bien à l’infection. On sait ainsi que des humains séropositifs pour le virus du sida sont en parfaite santé parce qu’un de leurs gènes qui permet l’infection par le virus est naturellement muté. Il est possible de mimer cette situation naturelle via la transgénèse. Des laboratoires britanniques ont obtenu des poulets génétiquement modifiés résistants à l’ensemble des souches du virus de la grippe A [1,2]. Cette résistance très large a pu être obtenue en utilisant un transgène qui cible une région essentielle et très conservée d’un des gènes-clés des virus de la grippe A. Cette stratégie assure non seulement un haut niveau de protection, mais également un large spectre d’action, ce qui rend très peu probable l’émergence de virus spontanément mutés et devenus capables de résister à l’action du transgène. Cette protection peut être acquise par les différentes races de poulets en répétant la même expérience ou, plus simplement, par croisement entre la lignée transgénique et celles que l’on souhaite protéger. Ces poulets sont en cours de validation auprès des instances de l’UE. Le bien-être de ces animaux n’est pas altéré, au contraire même, puisqu’ils ne mourront pas de la grippe. Le gène protecteur dirige la synthèse d’un ARN mais pas d’une protéine. Ces animaux ont donc très peu de risque de contenir des substances toxiques ou allergènes.

Ce projet est considéré par la revue Science comme étant d’une utilité peu contestable sur le plan de l’élevage et de la santé humaine mais également comme étant une première intéressante en ce qui concerne l’utilisation de la transgénèse pour améliorer les productions animales [2].

[1] Lyall J., Irvine R.M., Sherman A., McKinley T.J, Núñez A., Purdie A., Outtrim L., Brown I.H., Rolleston-Smith G., Sang H., Tiley L. 2011, Suppression of avian influenza transmission in genetically modified chickens. Science 331, pp. 223-6.

[2] Enserink M. 2011, Transgenic Chickens Could Thwart Bird Flu, Curb Pandemic Risk. Science 331, pp. 132-3.


Mots-clés : OGM

Publié dans le n° 297 de la revue


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