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Insectes transgéniques contre la dengue

Publié en ligne le 9 juin 2015 -
par Louis-Marie Houdebine - SPS n° 310, octobre 2014

Le virus de la dengue infecte 50 millions de personnes par an dans les régions tropicales et subtropicales. Cette maladie, qui est handicapante et responsable de 100 000 morts par an, est véhiculée par certains insectes. Pour éviter l’usage massif d’insecticides, des insectes mâles stérilisés par irradiation sont depuis longtemps relâchés dans la nature. Ces insectes entrent en compétition avec leurs homologues sauvages pour la fécondation des femelles. Ce procédé permet de faire diminuer localement le nombre d’insectes mais avec une efficacité limitée due au fait que l’irradiation diminue la capacité de reproduction des mâles. La modification génétique des insectes a été considérée comme une alternative possible [1].

Une entreprise britannique Oxitec propose de relâcher massivement, au Brésil, des insectes contenant un transgène codant pour une protéine qui s’oppose au développement des larves. Le système a été conçu pour permettre de ne garder que les larves mâles des insectes qui ne peuvent se développer qu’en présence d’un inducteur chimique, la tétracycline (sans rapport avec ses propriétés antibiotiques). Ces insectes élevés en milieu confiné et arrivés à maturité dans ces conditions sont normalement féconds. Lorsqu’ils sont disséminés dans l’environnement, ils fécondent les femelles dont les descendants contiennent le transgène. Les larves des descendants dépérissent ainsi spontanément car elles ne sont pas en présence de l’inducteur tétracycline. Ce procédé a été testé avec succès en 2011 dans une des iles Caïman.

Une inconnue demeure. Un petit pourcentage des larves transgéniques arrivent à se développer malgré l’absence de tétracycline, ce qui ne remet pas en cause l’efficacité du procédé. Il reste par contre essentiel de savoir si ces larves résistantes à l’absence de tétracycline contiennent effectivement bien toutes le transgène ou si celui-ci est inactivé. Les larves résistantes sont en effet potentiellement capables de disséminer le transgène de manière incontrôlée. Le transgène ne présente à priori aucun avantage sélectif qui favoriserait le développement des insectes transgéniques aux dépens de ceux qui ne le sont pas, mais ceci doit être précisément évalué. Par ailleurs, le test réalisé dans les Iles Caïman est semble-t-il unique, ce qui parait insuffisant pour développer les insectes à l’échelle industrielle. Des commissions brésiliennes et internationales évaluent l’importance de ces problèmes.

Un autre procédé anti-dengue consiste à faire exprimer chez les insectes des gènes codant pour des ARN interférents 1 dirigés contre des ARN essentiels du virus. Ce procédé est parfaitement efficace mais il ne vise qu’à empêcher la dissémination du virus, pas celle des insectes qui en l’occurrence sont transgéniques. Les ARN interférents en question n’ont que très peu de chance de conférer un quelconque avantage sélectif aux insectes. On sait par ailleurs que plusieurs plantes transgéniques exprimant des ARN interférents dirigés contre des virus sont exploitées sans problème.

Indépendamment de la transgénèse, des vaccins contre le virus de la dengue sont en cours de développement.

1 Petits ARN qui inhibent spécifiquement l’expression des gènes au niveau des ARN messagers

Publié dans le n° 310 de la revue


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