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L’expérimentation animale en question

Publié en ligne le 12 juillet 2022
L’expérimentation animale en question
Accélérer la transition vers une recherche sans animaux
Roland Cash
Éditions Matériologiques, Paris, 2022, 294 pages, 22 €

Sur un plan philosophique et moral, l’expérimentation animale est le fruit d’une contradiction. On expérimente sur les animaux, assez proches de l’Homme pour en faire des modèles biologiques de résultats transposables à l’Homme. Mais, comme ils pourraient éprouver de la douleur, on les considère comme trop éloignés de l’espèce humaine pour que ce problème se pose vraiment. Descartes et ses successeurs pensaient même que l’animal était un automate sans aucune aptitude à la douleur. Il y a quelques dizaines d’années, le postulat scientifique excluait de l’aptitude à la douleur tout organisme qui ne parlait pas, y compris les nouveau-nés humains que l’on opérait sans anesthésie 1. De nos jours, la science a montré que les animaux les plus proches de nous (les vertébrés) ressentent la douleur comme nous et avec les mêmes bases biologiques. Comment résoudre alors la contradiction entre la nécessité pour l’Homme d’améliorer sa médecine et le souhait de ne pas faire souffrir des êtres sensibles à la douleur ? C’est ce à quoi vise à répondre le présent ouvrage.

Bien sûr des efforts dans ce sens ont déjà été faits. Ainsi, dans l’approche dite des trois R (Remplacement par des méthodes sans animaux, Réduction du nombre d’animaux, Raffinement des protocoles), une directive européenne vise à protéger les vertébrés et les mollusques céphalopodes contre les excès de l’expérimentation. Médecin et militant pour une transition vers une recherche sans animaux, l’auteur montre qu’on pourrait aller plus loin et plus vite. Il dresse ici un panorama très complet des limites de l’expérimentation animale et surtout de l’insuffisance des efforts effectués pour la réduire. Il existe « un écart significatif entre les principes posés dans le préambule de la directive européenne et l’hypocrisie de leur application très partielle ». S’il y avait la volonté politique de le faire, on irait beaucoup plus rapidement dans la réduction de certaines expériences douloureuses, discutables voire inutiles. L’auteur donne, parmi d’autres, l’exemple de l’hydroxychloroquine, révélée inefficace pour traiter la covid chez les macaques « alors que la preuve existait déjà qu’elle était inefficace chez l’Homme, rendant inutile l’expérience sur les macaques ». La volonté politique permettrait de parvenir à « une plus grande protection des primates », de supprimer « une anomalie persistante : l’utilisation dans l’enseignement », et de développer des « méthodes de recherche sans recours aux animaux ».

Cri d’alarme légitime et plaidoyer mesuré, ce beau livre attire, à juste titre, notre attention sur ce qu’il faudrait changer si nous voulions efficacement améliorer le sort des animaux qui permettent notre recherche biomédicale. Comme difficultés à combattre, l’auteur souligne notamment la force des habitudes sociales, bref l’éducation des citoyens, l’insuffisance du soutien public, c’est-à-dire la volonté politique, enfin la réglementation qui souvent reste « en retard sur les possibilités techniques ». « En résumé, il manque la volonté et les moyens. »

1 Anand KJ, Hickey PR, “Pain and its effects in the human neonate and fetus”, The New England Journal of Medicine., 1987, 317:1321-9. Houck CS, Vinson AE, “Anaesthetic considerations for surgery in newborns”, Arch Dis Child Fetal Neonatal Ed, 2017, 102 : F359-63. “Neonatal anaesthesia – the origins of the controversy”, https://www.mcgill.ca/library/files/library/wei_sunny_2016.pdf