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La naissance de l’écologie

Publié en ligne le 2 juin 2011
Note de lecture de Laurent Loison - SPS n° 294, janvier 2011

294_120-122Avant d’être une philosophie politique à la mode, l’écologie s’est constituée comme science des relations des vivants entre eux et avec leur environnement. C’est à l’étude de ce moment constitutif que Patrick Matagne nous invite, par le moyen de ce petit livre bienvenu. Paru dans la collection « Parcours LMD », cet ouvrage s’adresse donc en priorité aux étudiants, à la fois ceux envisageant de poursuivre un cursus de recherche dans ce domaine précis, et ceux souhaitant s’engager dans l’enseignement des sciences du vivant. L’histoire des sciences étant en passe de devenir une discipline à part entière dans la formation des futurs enseignants, on ne peut que se féliciter de ce type d’initiative, au moins lorsque la réalisation en est confiée à un véritable historien des sciences.

Bien que répondant d’abord aux exigences d’un livre de type manuel (découpage en petits chapitres nettement délimités, nombreux encadrés explicatifs, illustration abondante, résumé en fin de chapitre, etc.), ce texte présente néanmoins une idée centrale, celle que la naissance de l’écologie peut être comprise – ou au moins racontée – au travers de l’œuvre du botaniste danois Eugen Warming. C’est donc à partir de l’ouvrage clé de Warming, et notamment à partir de la version anglaise de celui-ci (Oecology of Plants, 1909), que l’auteur organise cette histoire.

Une des principales qualités de ce parti pris narratif est de montrer comment le mot et la chose sont apparus différemment au cours de l’histoire, et sans nécessité réciproque. Le mot, cela est bien connu, fut une des nombreuses créations terminologiques du zoologiste allemand Ernst Haeckel, et date de 1866. Pourtant, alors que les essais de définitions qui vont suivre semblent bien marquer le territoire conceptuel aujourd’hui reconnu comme celui de l’écologie, il faudra encore plus d’une trentaine d’années pour que la discipline se constitue en tant que science autonome, dotée d’une méthode et d’un objet. On ne saurait sous-estimer l’importance d’une telle leçon pour l’étudiant, et notamment pour celui qui se destine lui-même à la tâche d’enseignement. Distinguer l’utilisation du vocabulaire de la maîtrise effective de son contenu doit être en effet un objectif prioritaire de l’enseignement, et surtout de l’enseignement scientifique.

Suivant les tribulations du terme jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’auteur montre ensuite la place centrale de l’œuvre de Warming, par les perspectives qu’elle ouvre et par ce qui la distingue de celles de ses contemporains. On touche là peut-être aux limites de ce type de narration, qui nécessite de nombreux va-et-vient en amont (jusqu’à Humboldt et le début du XIXe siècle) et en aval (jusqu’à l’écologie scientifique actuelle). Un point, en particulier, nous a semblé peu clair, celui de la différence entre la géographie botanique classique du XIXe siècle et l’écologie naissante du début du XXe siècle (qui fut d’abord botanique elle aussi). Peut-être un propos moins dispersé au fil des chapitres aurait-il mieux rendu l’importance et la nouveauté des conceptions de Warming ?

L’auteur montre aussi l’incidence qu’a pu avoir l’étude des flores tropicales sur la genèse de l’écologie scientifique, Warming lui-même ayant passé plusieurs années au Brésil au début de sa carrière. Ce faisant, le jeune scientifique continuait une riche tradition de naturalistes-voyageurs, dont Darwin fut un jalon célèbre.

Les trois derniers chapitres quittent finalement l’œuvre du botaniste danois pour se pencher successivement sur l’importance des « amateurs » (botanistes non professionnels) et des disciplines non botaniques pour la formation de l’écologie, puis sur les apports conceptuels majeurs qui ont suivi les débuts de cette science. Où l’on constatera aussi les contributions de la géologie, de la zoologie (marine) puis de la thermodynamique à la construction progressive de l’écologie actuelle, science d’origine pluridisciplinaire par excellence.

Ce livre, de lecture aisée, sera donc une source d’informations très riche pour tous ceux qui désirent aller au-delà du message moral de l’écologie politique, et comprendre les racines, l’histoire, et donc le contenu de cette discipline scientifique.

Publié dans le n° 294 de la revue


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