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Le nuage noir suivi de Et si ça nous menaçait

Publié en ligne le 30 octobre 2014
Note de lecture de Christine Mourlevat-Brunschwig - SPS n° 310, octobre 2014

Cette réédition du roman de Fred Hoyle 1, écrit en 1957 et déjà connu des amateurs de science-fiction, présente un intérêt majeur : un chapitre supplémentaire écrit par un astronome afin de démêler ce qui est plausible et ce qui ne l’est pas. C’est tout l’attrait et l’originalité de cette nouvelle collection que de proposer « un éclairage scientifique sur la base d’un roman d’aventure captivant » 2.

Le roman lui-même raconte l’arrivée d’un gigantesque nuage dans le système solaire, privant peu à peu les hommes de la lumière du jour, et engendrant peurs, cataclysmes et désolation ! Sans dévoiler toute l’histoire, bien sûr, précisons que l’on devine vite que ce nuage est vivant et dispose de possibilités cérébrales inouïes.

Cet ouvrage, au style plutôt sec et encombré d’un peu trop de détails et de longueurs, est aussi un vrai thriller. Après un démarrage assez laborieux, l’histoire devient peu à peu passionnante, tout en jouant avec les clichés de la science-fiction (ah, la fabuleuse intelligence extra-terrestre qui assimile tout de l’être humain en avalant d’un seul coup une encyclopédie !) et le lecteur se retrouve engouffré dans de multiples situations parfois fascinantes, inquiétantes, voire étouffantes.

Les réflexions, bien que d’un bon niveau, n’échappent pas à une certaine platitude. L’humanité y est présentée d’une façon plutôt négative, l’auteur brossant un tableau peu réjouissant de la nature humaine, ce qui est devenu bien banal dans la science-fiction.

Hoyle, grand spécialiste des gaz interstellaires, imagine que les entraves dues à la force exercée par le champ de gravitation seraient incompatibles avec une vie « vraiment » intelligente. L’homme, cet être vulgaire qui a besoin d’os et de muscles pour contrecarrer les effets de la pesanteur, serait affublé d’un crâne ridicule qui lui sert d’armure et limiterait ainsi d’hypothétiques développements du cerveau. Bref, pas de vie intelligente sur les planètes solides, mais en terrain de gaz diffus.

Au cours des « conversations », tenues par échanges d’impulsions électriques avec le nuage, le lecteur ne s’étonnera pas vraiment que cet être suprêmement intelligent ne puisse appréhender la notion d’« amour profane » ou d’autres réalités humaines, comme la musique, qui le laisse profondément perplexe...

Cet ouvrage, à l’épaisseur psychologique limitée, apparaît un peu comme un « fantasme de geek ». Mais la pépite proposée par l’éditeur est l’enquête finale de James Lequeux, de l’observatoire de Paris, intitulée « et si c’était possible ? ». Ce complément, hélas, bien trop court (une dizaine de pages) reste une formidable analyse, décortiquant rigoureusement les postulats ou affirmations les plus audacieuses du livre.

À l’issue de cette enquête, il nous aura appris à lire autrement, à être bien plus circonspect avec les prétentions de la science-fiction. Trop beau pour être vrai ? Ou tout simplement pas assez vrai pour être beau ?

1 Astrophysicien de renom, célèbre détracteur de la théorie du Big Bang, dont il a d’ailleurs inventé le terme, au départ par dérision.

2 Vous trouverez également sur notre site une note de lecture rédigée par Philippe Le Vigouroux sur un livre de Maurice Leblanc édité dans la même collection : Le formidable événement.

Publié dans le n° 310 de la revue


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