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Trois questions à Philippe Kourilsky

Publié en ligne le 3 juin 2004 -

Directeur général de l’Institut Pasteur, vous aviez rédigé en 1999, avec Geneviève Viney, à la demande de Lionel Jospin, un rapport sur le principe de précaution. Pour vous, un tel principe est-il de nature à entraver la pratique scientifique ?

C’est très compliqué. Ce qu’on peut reprocher au principe de précaution, c’est qu’il reste difficile à définir. Je suis assez sensible aux arguments selon lesquels il est assez gênant de ne parler que des risques, sans évoquer les bénéfices qu’il faut mettre en balance. Il y a aussi une question d’attitude. La rapporteuse du projet de loi, Mme Kosciusko-Morizet, dit vouloir à travers ce principe "découvrir une voie qui ne vise plus à transformer le monde, mais à l’épargner". C’est une vraie prise de position existentielle, qui a de quoi poser des questions aux scientifiques, car ils apportent des connaissances qui peuvent éventuellement transformer le monde, ce qui n’est, pour l’heure, pas interdit. On retombe dans ce questionnement inhérent à l’écologie profonde, qui renvoie à la notion de Nature : qu’est-ce que transgresser, transformer et conserver la Nature ? Le problème, c’est que cette notion de précaution balaie un champ extraordinairement large. Chacun l’applique comme il l’entend. Avec Mme Viney, nous avions tenté d’en cerner les contours mais surtout de trouver des procédures d’application, indispensables pour gérer certaines situations à risque. Ça n’aboutit pas à une définition complète, mais cela présente un intérêt pragmatique.

Est-ce que l’adoption de la charte pourrait avoir un impact sur l’activité de votre institut, par exemple ?

À lire sur le site du Monde


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