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Voice of Young Science France - La voix des jeunes pour la science

Publié en ligne le 19 mars 2016 - Éducation - Science
« Nous avons créé une civilisation mondiale dont les éléments les plus cruciaux reposent largement sur la science et la technologie. Nous avons également organisé les choses de telle sorte que presque personne ne comprend la science et la technologie. C’est une prescription pour une catastrophe. »

Carl Sagan

Demon-Haunted World : Science As a Candle in the Dark

L’agitation médiatique début septembre, à propos de la décision du Tribunal de Toulouse de verser une allocation de handicap pour électro-hypersensibilité, nous rappelle la pertinence de ces propos du célèbre scientifique et sceptique Carl Sagan. Dans nos sociétés, il se peut que des mesures totalement déconnectées de la réalité scientifique soient prises. Et ce ne sont pas les médias, de la presse écrite à Internet, qui permettent de corriger le tir. Au contraire, à la lecture de certains articles, on peut légitimement s’interroger sur le traitement de ce genre d’information par les principaux journaux.

On comprend alors l’importance de l’implication de la communauté scientifique dans le traitement médiatique ainsi que dans le processus de décision politique. Il existe des agences publiques indépendantes et des sociétés savantes nationales dont une des missions est d’apporter un éclairage sur les questions à composantes techniques. Néanmoins, pour diverses raisons, le monde académique contribue peu aux discussions d’actualité. Lorsqu’un sujet technique est lié à une controverse sociétale, un engagement militant ne fait évidemment pas partie du travail du scientifique. Cependant, une communication claire sur les résultats des travaux de recherches reste souhaitable (cela vaut d’ailleurs pour tout sujet de recherche, même déconnecté de toute controverse). Et on ne peut que constater la faiblesse des relais médiatiques de ce type de communication institutionnelle. Lorsque le sujet est politisé, l’appartenance à une institution peut dissuader le scientifique, pour des raisons professionnelles évidentes, de prendre pleinement place dans le débat public. Enfin, exposer l’état des connaissances requiert un propos nuancé pour rendre compte des différents niveaux de consensus et des points qui restent controversés. Ce n’est pas toujours simple ni compatible avec les pratiques journalistiques actuelles.

Le débat public se doit néanmoins d’être éclairé par les connaissances scientifiques du XXIe siècle, indépendamment des considérations politiques ou idéologiques. Il est donc crucial de créer un vecteur permettant au chercheur de s’exprimer et d’enrichir le débat public par un discours scientifique. Il y a deux volets dans cette démarche : la participation au débat en tant que citoyen, formulant donc une opinion qui lui est propre, et l’éclairage sur les aspects techniques à travers son expertise scientifique. Sur ce dernier point, puisque les activités de recherche sont en général financées par la collectivité, il paraît approprié que la société bénéficie du savoir acquis. Ceci est particulièrement important, notamment dans la mesure où une économie moderne repose largement sur ce savoir.

Étant donné cet objectif, l’implication de la jeune génération apparaît être un levier intéressant pour plusieurs raisons. Premièrement, les jeunes sont souvent moins identifiés à leur institution et peuvent ainsi s’exprimer plus librement, à titre individuel. De plus, un mouvement porté par les membres les plus jeunes de la communauté scientifique assure une familiarité avec les nouveaux médias, notamment les réseaux sociaux. Enfin, il apparaît souhaitable que les jeunes participent activement à l’évolution de la société dans laquelle ils vivront, afin que les choix qui sont faits reflètent au mieux leurs souhaits de société.

C’est, au fond, l’idée qui a motivé il y a quelques années la création du mouvement Voice of Young Science (VoYS) au Royaume-Uni, en lien avec l’association Sense About Science, association dont la devise est « d’armer les personnes pour saisir la signification des affirmations scientifiques et médicales » (voir l’entretien avec Chelsea Snell, étudiante en thèse et stagiaire à Sense About Science). La déclinaison du mouvement Voice of Young Science aux États-Unis constitue un début de développement à l’international qui pourrait s’étendre à d’autres pays.

Un petit groupe d’étudiants motivés considère la possibilité, avec l’AFIS, de créer en France un mouvement inspiré de Voice of Young Science, en reprenant le nom. Les actions que l’on peut imaginer sont multiples et la présence sur les réseaux sociaux paraît tout indiquée, avec la publication de contenus en réaction à l’actualité. Mais des conférences-débat peuvent aussi être envisagées sur les campus universitaires, avec des intervenants de marque soigneusement choisis. On peut aussi penser à faire entendre la voix de l’association auprès des journalistes. Les sujets d’actualité potentiels sont nombreux, au carrefour science-société : électro-hypersensibilité, changement climatique, OGMs, énergie nucléaire, médecines alternatives, agriculture biologique, psychanalyse, orientation sexuelle...

Pour prendre contact avec VoYS-France :

Voice of Young Science au Royaume-Uni - Entretien avec Chelsea Snell

Pourriez-vous vous présenter rapidement ?

Je m’appelle Chelsea, je suis doctorante en biotechnologie végétale à l’Université de Reading au Royaume-Uni. J’ai obtenu mon diplôme universitaire en biologie appliquée à l’Université de Nottingham et, pendant ce temps, j’ai également passé un an en Erasmus à Paris. Je suis très intéressée par l’interaction avec le public et je suis actuellement en stage pour trois mois à Sense About Science, au sein des groupes biotechnologie et énergie. Je contribue également à la campagne Ask For Evidence.

Qu’est Voice of Young Science  ? Quels liens avec Sense About Science  ?

Voice of Young Science (VoYS) est un réseau de jeunes chercheurs, ingénieurs, scientifiques et médecins passionnés qui s’investissent dans le débat public en défense de la science. Nous sommes soutenus par Sense About Science. Nous réagissons du point de vue scientifique aux discours douteux, qu’ils viennent de politiques, d’entreprises, de médias ou d’associations. Nous démystifions les idées reçues, les allégations de produits pseudo-scientifiques et nous répondons à la désinformation.

Pourquoi avez-vous rejoint VoYS et pour quelles raisons un mouvement comme VoYS est-il pertinent de nos jours ?

J’ai rejoint VoYS il y a un an, après avoir assisté à un workshop Standing up for Science organisé par Sense About Science. On est confronté, jour après jour, à des informations en ligne, à la télévision ou dans les journaux, qui ne sont pas toujours scientifiquement fondées, ou interprètent mal des résultats scientifiques. Pourtant, des milliers de gens les acceptent comme telles. Nous avons abordé de nombreux sujets : les régimes minceur douteux, les tests d’allergies, l’utilisation néfaste de l’homéopathie dans les pays en voie de développement (en demandant à l’Organisation mondiale de la santé de communiquer clairement là-dessus). Il est crucial d’agir sur les problèmes qui peuvent mettre la vie des gens en danger et de communiquer au public des faits solides dans le but de partager les connaissances scientifiques et d’informer correctement les décideurs politiques.

Y a-t-il un sujet qui vous tient particulièrement à cœur ?

J’ai été très récemment impliquée dans deux campagnes de VoYS sur les biotechnologies. En mai 2015, avec trente autres membres, nous avons écrit une lettre au Musée Horniman à Londres, à propos d’une exposition interactive qui, selon nous, présente une vision déformée de ce qu’est la modification génétique et qui fournit au public des informations qui ne sont pas scientifiquement fondées. Nous avons aussi été présents sur la discussion récente à propos de la classification du glyphosate par le CIRC comme « probablement cancérigène pour l’homme ». Nous avons participé à une réunion tenue par Soil Association, une association certifiant les produits bio au Royaume-Uni et avons travaillé afin de remettre cette classification dans son contexte, en soulignant que le glyphosate est ainsi dans le même groupe que certains produits chimiques contenus dans les sachets de thé ou le jus de pamplemousse. Je suis sûre que VoYS peut aller plus loin sur ce sujet, qui restera un projet en cours intéressant dans un futur proche !

Comment interagissez-vous avec le public ?

VoYS est présent en ligne sur les réseaux sociaux pour communiquer à propos de la science et notre objectif est d’initier une discussion publique la plus large possible. Cela encourage les jeunes à réagir aux discours inexacts du point de vue scientifique et à s’impliquer dans les débats scientifiques ou dans notre projet Ask For Evidence. Sense About Science organise aussi des workshops dans le cadre du programme Voice of Young Science, dont un en particulier qui incite les chercheurs à travailler avec des journalistes et le public, et à corriger certaines mécompréhensions sur le fonctionnement des médias. Ceux qui proviennent du milieu académique ayant déjà collaboré avec les médias prennent la parole lors de ces workshops pour partager leur expérience sur la manière de publier leurs propres recherches auprès de ceux qui, en dernière analyse, la financent… c’est-à-dire le public.

Quels bénéfices pourraient être tirés d’une expansion dans d’autres pays ?

Ce serait fantastique d’établir une communauté mondiale de jeunes chercheurs qui pourraient travailler ensemble afin de faire entendre leur voix dans les débats publics sur des sujets scientifiques. Avec davantage de voix, nous pourrions avoir un impact plus important et informer un plus grand nombre de personnes, pour un monde plus instruit sur le plan scientifique. Nous avons déjà des réseaux actifs aux États-Unis et au Royaume-Uni, ce serait super d’étendre le réseau à la France.

Quel conseil donneriez-vous à ceux qui prévoient de s’impliquer dans ce mouvement en France ?

N’ayez pas peur de défendre ce que vous savez être juste ! Il n’est pas nécessaire d’être un expert pour remettre en question ce que vous entendez. Il faut seulement avoir un attrait pour les preuves solides et un peu de jugeote. Si vous n’agissez pas pour la défense de la science et du bon sens, qui le fera ?


Lors de séminaires organisés par VoYS au Royaume-Uni sur le thème du « Peer-Review : son fonctionnement et son rôle pour les scientifiques et pour le grand public ».

http://www.senseaboutscience.org/pa...


Mots-clés : Éducation - Science

Publié dans le n° 315 de la revue


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L' auteur

Théo Mathurin

Rédacteur scientifique au sein de l’association (...)

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