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Courrier des lecteurs : janvier à mars 2016

Publié en ligne le 23 août 2016 -
SPS n° 316, avril 2016

Nous ne pouvons pas publier tous les courriers reçus, ni les publier dans leur intégralité. Les choix opérés et les coupures faites sont de la seule responsabilité de la rédaction.

N’accusez pas les buralistes !

J’avoue avoir lu avec déplaisir l’article qui, sans distanciation, dénonce les buralistes comme dealers assassins [SPS n° 314, page 4]. Je suppose que l’auteur de l’article l’a rédigé un verre à la main et est fier de sa voiture, car les cafetiers assassins et les concessionnaires automobiles sont – comme toujours – oubliés ! L’échec des luttes contre la drogue devrait inciter à des réflexions un peu plus sérieuses qu’un haro sur le dealer.

Christian Dailloux

La réponse de l’auteur (Jean-Paul Delahaye).

Je ne demande pas que les buralistes soient mis en prison : ils font un commerce légal et gagnent donc leur vie... honnêtement. Cela n’interdit pas de constater – c’est un fait, pas un jugement, ni une opinion – que de chaque bureau de tabac en France sortent à peu près trois décès par an. La responsabilité de cette hécatombe est celle des pouvoirs publics qui ne luttent pas assez sérieusement contre le tabagisme (ce qui n’empêche pas que si j’étais buraliste, je changerais de métier).

L’évocation de l’alcool et encore plus de la voiture est un argument fallacieux. L’alcool en quantité raisonnable ne tue pas et de plus, c’est un aliment. Rien de comparable avec le tabac, qui est dangereux dès la première cigarette et ne possède aucun intérêt nutritif. Je précise aussi que, concernant l’alcoolisme proprement dit, nous savons qu’il est aussi dangereux que le tabac et, bien évidemment, j’écrirais la même chose à propos de ceux qui vivent du commerce de l’alcool que ce que j’ai écrit à propos des débitants de tabac : ils doivent avoir conscience de ce qu’ils font (et par exemple peuvent refuser de servir certains consommateurs).

Concernant les automobiles, là, la comparaison n’a plus aucun sens : se déplacer est une nécessité, il y a toutes sortes d’intérêts à le faire. Qu’il y ait des accidents de la route est fort regrettable, mais ce n’est pas le « produit » voiture qui les cause : c’est toujours une circonstance annexe (vitesse, conduite dangereuse, intempéries, pneus crevés ou autres pannes, etc.). Le tabac, lui, tue seulement, il n’est utile ni pour faire fonctionner l’économie, ni pour rendre visite à ses proches, ni pour se rendre au travail, à l’hôpital, etc. Dernier point. Le tabac n’est pas une fatalité : en Australie où la lutte a été menée avec sérieux (prix du tabac augmenté, paquets neutres), le tabagisme des jeunes est descendu à 3,4 % soit dix fois moins qu’en France. Soyons sérieux avec ce qui l’est. Agissons quand agir est possible et cessons de voir autour de nous nos proches mourir stupidement.

Publié dans le n° 316 de la revue


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