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Regards sur la science

Des erreurs fécondes

Publié en ligne le 7 avril 2013 -
par Georges Jobert - SPS n°302, octobre 2012

C’est le sujet apparemment paradoxal que traitent D. Kaiser et N.H. Creager, dans le numéro de juin 2012 du Scientific American (« The right way to get it wrong »). Plongeant dans l’océan des théories erronées, ils ressortent avec deux exemples de telles exceptions.

Le premier, en mécanique quantique, est celui d’un schéma conçu par N. Herbert en 1981. Basé sur les résultats de N. Bell qui conduisirent au concept d’intrication 1, il aurait permis l’envoi de messages à une vitesse plus grande que celle de la lumière, ce qui est en contradiction totale avec la théorie de la relativité. Il fallut beaucoup de recherches pour découvrir l’erreur qui était cachée dans le schéma. Mais elles permirent une avancée spectaculaire avec un théorème qui interdit la copie (ou le clonage) d’un état quantique inconnu sans perturbation de cet état. Ce théorème est à la base de fructueuses études de cryptographie quantique 2. On se souvient qu’en septembre 2011, une annonce analogue sur la vitesse des neutrinos avait fait la une dans la presse. Mais en juin 2012, les auteurs d’OPERA ont finalement reconnu leur erreur, qui n’aura sûrement pas l’intérêt de la précédente ; on espère qu’elle servira au moins à renforcer le contrôle des mesures de distance dans les projets semblables.

Le second exemple de nos auteurs porte sur les recherches menées en 1943 par M. Delbrück, ancien étudiant de Niels Bohr. Il pensait que les virus avaient un seul gène et que la cellule hôte ne jouait pas de rôle dans leur reproduction. Ses tentatives de mise en évidence de ce gène échouèrent mais elles entraînèrent l’étude des bactériophages, par microscopie électronique, qui montra la complexité de ces organismes. Son erreur peut ainsi être vue comme étant à l’origine des recherches sur la structure de l’ADN.

Comment soutenir des recherches audacieuses, éventuellement fondées sur des erreurs, mais qui peuvent conduire à des avancées inattendues ? C’est la question que se posent les auteurs dans leur conclusion.

1 Dans certaines conditions, on ne peut décrire séparément l’état quantique de deux objets, même s’ils sont spatialement séparés. On dit alors que ces objets sont dans un état intriqué.

2 Il s’agit en fait de méthodes permettant de donner à deux communicants accès à une même clé de chiffrement en assurant la sécurité de la transmission. Toute tentative de violation du message est détectée.

Publié dans le n° 302 de la revue


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