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Huile de palme et environnement

Publié en ligne le 8 mai 2014 -
par Alain Rival - SPS n° 306, octobre 2013

La forêt primaire et la biodiversité sont-elles menacées ?

La relation entre plantations de palmiers et déforestation est complexe : ni directe ni automatique. Les concessions sont accordées par les pouvoirs publics, souvent au niveau local, aux compagnies forestières qui exploitent le bois. Les forêts dégradées peuvent ensuite évoluer en friches, en savanes ou en terres cultivées sous l’action de l’homme. Les espaces déforestés ne sont que partiellement reconvertis en plantations de palmiers. Ainsi, sur les 21 millions d’hectares de forêt primaire qui ont disparuen Indonésie entre 1990 et 2005, 3 millions seulement correspondent à la création de palmeraies [1]. Toutefois, cette relation directe a tendance à s’aggraver dans de nouveaux fronts pionniers, comme à Bornéo, où près de 30 % des forêts primaires abattues ont été converties en palmier à huile [2], alors que les nouvelles plantations sont responsables en moyenne des 10 % de la déforestation enregistrée en Indonésie et Malaisie [3].

Si une forêt primaire est transformée en plantation, la perte de biodiversité s’élève à environ 85 %, comme pour toute monoculture. Le défi n’est pas tant d’empêcher les extensions de plantations, mais plutôt de favoriser des modes de développement minimisant les impacts négatifs sur la biodiversité et le bien-être des populations locales. Pour éviter les extensions de palmeraies dans les zones de forêt primaire, il importe de générer un revenu équivalent à celui issu de la coupe du bois et de déplacer le projet de création de palmeraie vers une savane dégradée ou vers une zone agricole à reconvertir. Une estimation publiée en 2009 [4] montre que, si on mettait en culture toutes les terres dégradées recensées à ce jour, uniquement en Indonésie, on pourrait satisfaire les besoins en corps gras de la totalité de la population mondiale jusqu’en 2050.

Intensifier sans dégrader

La planification du paysage, mise en place avec les populations autochtones, tente de préserver les zones reconnues comme à haute valeur de conservation. Une partie seulement du paysage est convertie en plantations, qui sont exploitées intensivement, en plantant des semences améliorées de dernière génération et en suivant des normes drastiques de bonnes pratiques agronomiques, sociales et environnementales. Cette intensification écologique devrait permettre de combler le fossé existant entre les rendements réels (moins de 4 tonnes d’huile/hectare/an) et le potentiel des meilleures variétés sélectionnées (près de 12 tonnes/hectare/an). Il n’est donc pas inéluctable de couper sans discernement la forêt primaire pour répondre aux besoins croissants en corps gras de la population mondiale.

La culture du palmier est-elle polluante ?

Le palmier à huile est la plante oléagineuse la plus productrice avec des rendements moyens de l’ordre de 6 tonnes/hectare/an dans de bonnes conditions d’exploitation (jusqu’à 12 tonnes/ha dans les meilleurs essais, comme précisé ci-dessus). Pour exprimer le potentiel des semences améliorées, l’utilisation de fertilisants est indispensable ; ils comptent pour 60 % des coûts d’exploitation d’une plantation. Il y a donc une incitation tout autant écologique qu’économique à apporter à la plante la juste dose d’engrais au bon moment. Le risque réel de pollution existe, notamment des nappes phréatiques, lorsque les engrais sont utilisés en excès ou au mauvais moment et sont lessivés par les pluies ou évaporés. Basée sur l’analyse régulière du bilan minéral du sol et de la plante, la fertilisation raisonnée des palmeraies vise à optimiser les apports d’engrais afin qu’ils affectent au mieux les rendements en huile, au travers d’applications fractionnées et correctement réparties sur l’année, en fonction des conditions agroécologiques. Le recyclage par compostage des effluents d’huilerie permet déjà d’économiser jusqu’à 15 % des apports en engrais minéraux dans les plantations de palmiers à huile. Le considérable potentiel énergétique des sous-produits de l’extraction d’huile (12 m3 de méthane par tonne de fruits extraite, 15 m3 de méthane par m3 d’effluents liquides) est aussi exploité et valorisé. Chaque m3 de biogaz généré permet de produire l’équivalent de 0,56 litres de diesel. Cette pratique se généralise rapidement dans bon nombre de plantations et les installations neuves sont désormais équipées, dès leur construction, d’un dispositif de biodigestion des effluents et de capture de biogaz.

Il n’y a, à ce jour, pas de parasite ou ravageur du palmier qui n’ait pas de solution biologique. La fusariose en Afrique a été éradiquée grâce à des semences résistantes issues de programmes de sélection variétale. Les recherches vont dans le même sens concernant les attaques du champignon Ganoderma en Asie du Sud-Est.

Des expérimentations sont également en cours pour identifier les agents responsables de la Pourriture du Cœur en Amérique latine, en parallèle de l’exploitation des ressources génétiques apportées par l’espèce amazonienne Elaeis oleifera.

L’utilisation de pesticides pour la production d’huile de palme concerne des applications restreinte d’herbicides dans les jeunes plantations, afin de limiter la croissance des plantes de couverture et d’établir les sentiers de récolte. Dans certaines régions, notamment en Asie du Sud-Est, l’emploi de raticides est courant, même s’il est de plus en plus substitué par l’introduction de chouettes effraies (Tyto alba), prédateurs naturels. La part des pesticides dans les coûts d’exploitation d’une palmeraie industrielle sont inferieurs à 1 %, contre 50-55 % pour les dépenses en engrais et 30 % pour les frais de récolte.

Il faut par ailleurs noter que l’extraction de l’huile de palme à partir des fruits s’effectue par pression, sans ajout d’adjuvant chimique.

Références


[1] Persey S., Anhar S. (2010)Biodiversity Information for Oil Palm. ICOPE 2010 : International Conference on Oil Palm and Environment 2010, Bali, Indonesia.
[2] Carlson KM, et al. Committed carbon emissions, deforestation, and community land conversion from oil palm plantation expansion in West Kalimantan, Indonesia. PNAS 2012 ; 109 : 7559- 756410.1073/pnas.1200452109.
[3] FAO. 2010. Global Forest Resources Assessment 2010 : Main Report. (Food and Agric Org of the UN, Rome, Italy).
[4] Corley R.H.V. How much palm oil do we need ? Environmental Science & Policy 2009 ; 12 : 134-139.

Publié dans le n° 306 de la revue


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