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L’hypnose : charlatanisme ou avancée médicale ?

Publié en ligne le 21 octobre 2015 - Hypnose -
SPS n° 313, juillet 2015

La controverse autour de l’hypnose est presque aussi vieille que la technique elle-même (voir Comment l’hypnotisme a piégé l’hypnotisé et l’hypnotiseur de Jacques Van Rillaer). L’hypnose fascine, interroge, agace ou inquiète. Le grand public retient essentiellement le spectacle de groupes de personnes en catalepsie sous l’influence d’un hypnotiseur les soumettant aux ordres les plus farfelus. L’hypnose de spectacle contribue à jeter un voile mystérieux sur des prétendus dons qu’auraient certaines personnes à se saisir de notre esprit pour nous faire accepter les instructions les plus diverses.

Dans le même temps, l’utilisation de l’hypnose se répand dans les hôpitaux, en particulier en anesthésie et dans la prise en charge de la douleur, contribuant à donner une image de sérieux scientifique à l’hypnose en général. S’ensuit un engouement du public pour des tas d’autres finalités : tabac, addictions, « coaching », etc.

Même s’il est difficile de réaliser des études de grande qualité méthodologique, « randomisées en double aveugle » (comment concevoir un placebo d’hypnose ?), un certain nombre de publications mettent en évidence un intérêt pour la prise en charge de la douleur (voir L’hypnose en anesthésie de Christine Watremez et Fabienne Roelants). Son utilisation, combinée avec une anesthésie locale ou une anesthésie légère, est reconnue comme validée par la Société Française d’Anesthésie et de Réanimation [1]. Une très large et exhaustive méta-analyse menée en 2013 [2] et évaluant l’intérêt de l’hypnose en chirurgie conclut de façon plus prudente en “reconnaissant les avantages de l’hypnose” mais en soulignant que “la qualité des preuves d’un effet bénéfique a été jugée comme faible ou peu claire dans la majorité des essais considérés”. Les auteurs appellent à la réalisation de nouvelles études de bonne qualité méthodologique afin de renforcer les preuves d’efficacité chez les patients adultes devant subir une intervention chirurgicale ou un traitement médical.

En dehors principalement du domaine de l’anesthésie et de la douleur, la valeur thérapeutique de l’hypnose reste à établir. Ainsi, par exemple, malgré les allégations de nombreux sites promettant un arrêt facile du tabac, l’hypnose n’a pas montré, à ce jour, suffisamment de preuves dans ce domaine [3].

Ésotérisme et New Age au « congrès mondial de l’hypnose »

Un grand congrès mondial « Hypnose : racine et futur de la conscience » se tient à Paris fin août 2015. Nul doute que l’écho médiatique sera important. Déjà, Science & Avenir, sans la moindre réserve annonce le rassemblement de « 2 000 experts mondiaux d’une quarantaine de pays » [1]. En guise d’expertise, on retrouve dans le programme tous les ingrédients d’un indigeste mélange spiritualiste et ésotérique : « Hypnose et chamanisme », « Corps, psyché, sexualité et cultures », « Hypnose, imagination, imaginaire, imaginal », « Hypnose conversationnelle : souriez… et vous êtes en transe ». Des exposés sur la « lutinothérapie », l’« hypnose quantique » ou l’« hypnothérapie énergétique » en lien avec la philosophie taoïste.

Ainsi, par exemple, l’« hypnothérapie énergétique » postule [2] que « la matière, l’information et l’énergie sont les trois bases de l’Univers ». Elle affirme qu’en « agissant sur le corps, on change le cours de l’énergie et les images intérieures », le tout sur fond d’un charabia mêlant « pratiques énergétiques extrême-orientales » et « approche énergétique bio-informationnelle ».

Perdues au milieu de ce fatras idéologique, on trouve quelques présentations relatives à la pratique en hôpital et en anesthésie…

Le président du congrès, le docteur Claude Virot donne une clé de lecture lorsqu’il déclare au Parisien (24 février 2015) : « on souhaite qu’il y ait une reconnaissance de la formation par un diplôme officiel, comme l’homéopathie ou l’acupuncture ». La comparaison est révélatrice : l’homéopathie et l’acupuncture n’ont jamais prouvé un meilleur pouvoir que l’effet placebo. Avant de demander reconnaissance d’une formation, ne conviendrait-il pas de bien définir l’objet et préciser les domaines de validité de ses applications ? Le même Claude Virot est par ailleurs promoteur d’une « hypnose quantique » [3] définie comme « une hypnose de l’être et non du faire, de laisser être ce qui peut être, et être en devenir ce qui peut devenir, réunir les possibles, le passé et le futur, tous les futurs et tous les passés possibles » (sic !) [4]. De quoi être inquiet sur la nature des formations pour lesquelles Claude Virot demande reconnaissance.

[1] www.sciencesetavenir.fr/sante/20150...

[2] http://www.cfhtb.org/medias/2015/04...

[3] http://www.cippad.com/p/blog-page_1...

[4] http://www.hypnose-quantique.net/

L’hypnose trouve également écho auprès de certains praticiens des prises en charges psychologiques. Mais l’apport réel de cette pratique manque ici aussi de preuves convaincantes. À l’inverse, les risques, en particulier celui de la création de faux souvenirs, sont bien établis, mais malheureusement trop peu connus (voir « Hypnose et faux souvenirs » de Frédérique Robin).

En définitive, qu’est-ce que l’hypnose ? Le sujet reste objet de controverses, y compris sur sa définition. Ne s’agirait-il finalement de rien d’autre qu’« un accord mutuel entre un opérateur et un individu pour coopérer et suivre les suggestions proposées », comme l’affirme James Randi [4], illusionniste et acteur majeur du mouvement sceptique américain ? Une sorte de suggestion librement consentie ?

Que nous disent les neurosciences et l’imagerie médicale ? Que se passe-t-il dans le cerveau au cours de l’hypnose ? Met-on en évidence des états mentaux spécifiques ? (voir « De quoi l’hypnose est-elle le nom ? » de Laurent Vercueil).

Ce qui est certain, c’est que de nombreux médiums s’engouffrent dans des définitions et des concepts flous pour construire un nuage mystérieux profitable à leurs pratiques charlatanesques. Cet inquiétant mélange renforce la confusion entre médecine fondée sur les preuves et pseudo-médecines fondées sur des croyances. Illustration éclatante : le « congrès mondial de l’hypnose » qui se tient à Paris au mois d’août 2015 (voir encadré : «  Ésotérisme et New Age au “congrès mondial de l’hypnose” »).

Une étude sérieuse de l’hypnose à des fins thérapeutiques devra s’affranchir de toute cette pollution idéologique. Savoir si, finalement, l’hypnose est plus qu’une suggestion librement consentie passe par cette indispensable séparation et une adhésion totale aux exigences de la méthode scientifique dans laquelle les affirmations invérifiables ou invérifiées n’ont pas leur place. Et si l’hypnose se révélait finalement n’être qu’une « simple » suggestion librement consentie qui permettrait, par exemple, de convaincre un patient de l’absence de douleur, le savoir permettrait au corps médical de mieux appréhender ses cas d’emploi.

En attendant, et c’est peut-être l’aspect le plus inquiétant, l’hypnose est aussi le nouveau nom d’une multitude de pratiques aux promesses non validées, nouvel eldorado pour des méthodes charlatanesques en tout genre.

Références

[1] « L’utilisation de l’hypnose par les anesthésistes-réanimateurs », SFAR.

[2] « Efficacy of hypnosis in adults undergoing surgery or medical procedures : A meta-analysis of randomized controlled trials”, S. Tefikow et al. Clinical Psychology Review 33 (2013) 623–636

[3] « Does hypnotherapy help people who are trying to stop smoking ? » ; Méta-analyse de la collaboration Cochrane.

[4] https://web.archive.org/web/2013051...

http://www.randi.org/encyclopedia/h...

Publié dans le n° 313 de la revue


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