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Regards sur la science

Une erreur d’interprétation

Publié en ligne le 27 avril 2014 -
par Philippe Boulanger - SPS n° 306, octobre 2013

Avec la ponctualité d’une huître admirant la régularité des marées, je regardais distraitement le journal télévisé lorsque ma béatitude somnolente fut perturbée par l’expert scientifique de M6, un jeune homme sympathique et bien cravaté qui avait l’enthousiasme et l’impétuosité d’un communiant bondissant. Il relatait, d’un ton aigu et surexcité, l’avancée des scientifiques qui avaient « découvert » que les buveurs de café vivaient plus longtemps que ceux qui s’en abstenaient. Et notre sémillant commentateur de s’extasier devant les merveilles et les progrès de la connaissance. Bel et bon.

Mais à un moment, le raisonnement de notre spécialiste TV (oxymoron) dérape : ce serait parce que les gens boivent du café qu’ils vivent plus vieux. À mon avis, rien de tel n’est prouvé : il est probable que le café n’a aucun effet positif, qu’il est juste moins mauvais que l’alcool ou la benzédrine... Les buveurs de café ont peut-être une meilleure hygiène de vie que les alcooliques. Toutefois, leur diète est certainement moins saine que celle des amateurs de lait ou les buveurs d’eau exclusifs. Il faudrait faire une statistique sur l’espérance de vie des buveurs d’eau : je vous fiche mon billet, comme on disait autrefois, qu’ils vivent plus vieux que les caféïnophiles. Et là, personne ne dira que c’est à cause des principes actifs contenus dans l’eau.

Brièvement dit, il faut travailler « dans le complémentaire », c’est-à-dire examiner parmi tout ce que les buveurs de café ne boivent pas, ce qui leur ferait plus de bien que le café et ce qui leur ferait plus de mal. Et, parallèlement, la coïncidence n’amène pas la cause à effet.

Publié dans le n° 306 de la revue


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